Interview du tatoueur Niko Inko

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Quel a été ton parcours, comment es-tu devenu tatoueur ?

Mon parcours n’est pas vraiment le modèle du truc romancé. Je n’étais pas du tout passionné par le tatouage à la base, et je n’ai pas eu (merci la vie) à traîner mon book de shop en shop en espérant un jour, réaliser mon rêve. En fait je bossais comme pierceur dans un street shop de banlieue, après des années de boulots tous plus cons les uns que les autres, genre manager des gens dans la restauration rapide, et me faire croire à moi même que j’étais intégré en donnant des taches ingrates à faire à des gens qui avaient juste envie de payer leurs études et de rentrer chez eux.

Mais on m’a proposé de « tester » le tattoo, pour voir ce que ça faisait, et parce qu’à travailler dans un shop, au bout d’un moment, ça donne envie.
J’avais depuis longtemps abandonné mes ambitions d’études artistiques (depuis le lycée quoi) et je m’étais résigné à bosser bêtement dans un job sans sens.

Mais j’ai découvert le tattoo, progressivement, je me suis trouvé des buts, des attirances, vers tel ou tel style, j’ai essayé des choses, parcouru certains chemins, et à force d’essayer plein de trucs, tadaaaaaaaa !

tatouage de niko inko (2)

Tu as deux styles bien distincts, l’un réaliste et l’autre très graphique avec des effets « aquarelle », dans lequel de ces styles t’épanouis-tu le plus ?

Je ne pense pas avoir réellement deux styles. Tu sais, je ne tatoue pas depuis si longtemps que ça, et j’aime beaucoup de choses. Je me suis essayé au réalisme, au graphique purement infographié, à l’aquarelle, au cartoon… et finalement je n’arrive pas à choisir. Je les aime tous, mais en même temps, à force d’en faire de trop dans l’un d’eux, je me lasse. Ce qui est important, c’est ma dynamique.

Je ne veux pas m’arrêter, et me dire tiens je vais faire ça toute ma vie sur l’intégralité des gens qui me contactent. Je prends rapidement des raccourcis, et quand les gens commencent à me demander quelque chose en particulier, parce que ça a fait le tour de facebook, ou de leur chaîne sur un blog, en général je commence à me lasser, à en faire le tour. Je vois à travers et toute la magie du style s’évapore. Comme si je connaissais tous les trucs du magicien. Alors je cherche autre chose, je recombine… J’aimerais pouvoir m’étonner et prendre du plaisir à regarder chacune de mes pièces. Bon en vrai elles me plaisent vraiment (je veux dire comme un amateur) que quelques temps. Rapidement ça manque de ci, de ça, j’aurais du faire ceci, ou cela.

Bref, ça va jamais. En ce moment, j’affine pas mal ça. J’essaie de tout mettre ensemble. Tout ce que j’aime. Je travaille en photo-collage, que je retraite au couteau, au pinceau, au trait, avant de numériser le tout et de re-bosser en infographie. Ça combine tout ce que je sais ou aime faire en ce moment, et je pense y trouver un nouveau truc.

Quelles sont les émotions que tu essaies de faire ressortir sur tes tatouages à travers ce style « aquarelle » ?

Longtemps, la finesse et la délicatesse du motif se suffisaient, mais j’ai un peu grandi, et aujourd’hui je cherche principalement un concept neutre, brut. J’aime le mouvement, la force et l’impact visuel que peut donner une expression brute sur ce support magnifique qu’est le corps en mouvement. Apres, chaque commande, chaque client est spécial, et aura une histoire différente à me raconter.

tatouage de niko inko (1)

De tes tatouages se dégage une impression de liberté dans la réalisation (je ne sais pas comment exprimer cela autrement 😉 ), réalises-tu une partie de tes tatouages à main levée ou tout est bien défini à l’avance ?

Tout va dependre de mon humeur, et du rendu cherché. Des fois, le modèle est intégralement pensé et ajusté, des fois je crée en freehand à même la peau. Il m’arrive aussi d’avoir des éléments préparés, mais de les ajuster sur le client, d’en changer la construction pour telle ou telle raison, ou de tout simplement trouver l’idée une fois devant le support. Ça dépend quoi.

Y a-t-il une réalisation qui t’as particulièrement marqué ?

Honnêtement, non. Forcément, des projets, des personnes surtout, ont marqué mon parcours, des rencontres, des choses fortes. Mais ma vie est un gros patchwork de gens, de goûts et d’évènements. Chaque chose vient apporter son lot d’émotions, de rires, de pleurs… c’est difficile de choisir.

Entre le gars qui m’a demandé de lui tatouer un Hello Kitty sur la queue, en passant par le jeune homme vierge de tout tatouage me demandant d’utiliser son bras complet comme toile pour venir y réécrire la lettre d’adieu de son père décédé… Mes clients ne me marquent pas forcément tous par un projet révolutionnaire, ou totalement improbable, mais chacun a sa petite leçon, et marque à sa manière.

Quels sont les artistes qui t’inspirent ?

J’ai une très mauvaise culture artistique. Par fainéantise déjà, et aussi, je pense, parce que déçu de ne pas avoir pu m’y développer plus jeune, je me suis convaincu que ce n’était pas pour moi.

En ce qui concerne le tatouage, c’est déjà un peu mieux. Mais je suis une grosse éponge. Sans m’interresser aux noms, aux courants, aux relations, à l’histoire, ce sont les œuvres qui m’inspirent. J’aime appréhender un travail artistique, quel qu’il soit, à la manière d’un grand enfant. Avec une maturité, une histoire, une sensibilité adulte, mais sans juger, laisser l’oeuvre frapper comme elle vient. Et ce sont d’ailleurs les œuvres les plus impactantes qui en général me plaisent le plus. Dans cette veine, évidemment des artistes comme Musa, Ondrash, Léon Lam, Jef Palumbo, Xoil, etc… pour ce qu’ils m’ont appris de plus précieux (sans le savoir) : oser, impacter, traverser, déranger.

Mais aussi les Bob Tyrell, Matteo Pasqualin, Den Yakovlev, Dmitriy Samohin, Shane O’Neill etc… pour d’autres leçons encore: contrastes, minutie, réalisme, réinterprétation.
Tous les Volko Mershky, Bam, Morof, Sven, Xed Lehead, etc. pour m’avoir fait réaliser qu’aucun effet, style, aussi barré, technique ou improbable qu’il soit n’est impossible à tatouer.
Je peux continuer sur des lignes mais bon… l’idée est là 🙂

Parfois tu réalises des tatouages en collaboration avec Klaim, ce type de collaboration est assez rare dans le monde du tattoo, comment cela se passe-t-il ?

Ça a été possible surtout grâce à notre proximité. On a appris ensemble, travaillé ensemble, cherché, creusé, testé ensemble. Forcément, ça rapproche au niveau des idées et de l’exécution. On a longtemps eu à peu près la même vision, ou façon de faire exactement les mêmes choses de la même manière. La collab est quand même beaucoup plus simple, et beaucoup plus efficace, quand ton pote complète tes idées, et qu’en plus il n’y a pas de disparité dans l’exécution. Ensuite, certains clients nous demandaient précisément une collab, mais pour la plupart, c’était une volonté commune de se partager les grosses pièces surtout. Pas de jaloux 🙂

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Tu travailles beaucoup en couleurs, quel est ton avis sur l’interdiction prochaine de ce type d’encre ?

Mon avis est le même que beaucoup: c’est de la merde. Et ça ne fait que prouver ce que tout le monde sait:

– Aucune étude sérieuse n’est réalisée sur une pratique touchant quand même 10% de la population. Ce qui peut nous amener à nous inquiéter, de fait, sur la qualité de l’attention que porte le corps médical sur notre santé.

-Il est beaucoup plus facile, une fois l’ampleur du « problème » réalisé, d’interdire tout bonnement plutôt que de commencer à étudier, afin de respecter non seulement l’exercice de la profession, mais surtout les habitudes d’un aussi grand nombre de sujets.

-Les seuls témoignages utilisés sont d’horribles condensés de préjuges fondés sur des analyses sociologiques de salon, à la limite de la régression intellectuelle.

-Enfin l’application de tout « principe de précaution » arbitraire, pouvant viser le tatouage, plus que la cigarette, les médicaments, l’agroalimentaire, et la biochimie, n’a de raison que deux possibilités: l’argent, auquel cas on se fout de notre gueule, ou le manque d’intelligence et de discernement, ce qui n’est pas mieux, sans parler de l’ éventualité que les deux possibilités ne sont pas incompatibles.

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Tu as a quitté le shop Street tattoo où peut-on te retrouver à présent ? Vas-tu faire des conventions prochainement ?

Je pars, en fait, m’installer avec ma femme dans le sud, à Perpignan. Je vais partager l’aventure du Belly Button Tattoo Shop avec Belly, Aurelio et L’Oiseau.

Pour les conventions, j’ai toujours plein d’événements annoncés sur mon site, et c’est le plus simple. Je serai en bref au mondial, à Pau, au Luxembourg. Des guests sont prévus chez Baron samedi à Strasbourg, sur le Tanouki, chez L’art du point et Mika Graph, et plein d’autres. Ça va être une année pleine de rencontres et de couleurs

Quels sont tes projets d’avenir ?

Profiter de la région, redevenir un être humain normal, et oublier un peu la folie parisienne, le stress et la négativité. Me trouver une petit maison, y mettre des poules, une ruche, un potager, et un carré de gazon pour que le bébé se salisse les fesses.
Professionnellement, créer, revenir au calme, prendre plus de temps, chercher plus loin, avancer dans le respect de ce que je fais.

Un dernier mot pour nos lecteurs ou un message à faire passer ?

Ouah la question de fin trop dure.
Soyons cliché, sans oublier ce que ça veut quand même putain de dire au fond: Paix et Amour.

Quelques tatouages réalisés par Niko Inko

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Merci beaucoup à Niko pour nous avoir accordé cette interview, vous pouvez le suivre sur son site officel  www.nikoinko.fr ainsi que sur son facebook: https://www.facebook.com/Ungja

Mise à jour:

Aujourd’hui Niko Inko ne travail plus au shop de Belly Button mais à ouvert sa propre boutique nommée L’ Encrophage dont voici l’adresse :

40 ter Avenue de la Libération, 66700 Argelès-sur-Mer

https://www.facebook.com/encrophage/

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