Salut les consommateurs d’encre télévisée de qualité! A l’occasion de la sortie mercredi 17 Mai 2017 à 21h00 en France de la série documentaire Needles & Pins, sur la chaîne Viceland (réseaux Canal, Freebox TV et Orange TV) diffusée jusqu’au 14 Juin, et dans laquelle la tatoueuse Grace Neutral parcourt le monde à la rencontre des acteurs de notre communauté, des professionnels aux passionnés, en passant par les côtés les plus mainstream comme les plus underground, nous avons eu le plaisir de pouvoir interviewer cette femme pas comme les autres. L’interview s’est déroulée par téléphone durant plus d’une demie-heure, j’ai eu tout le loisir de découvrir une personne lumineuse, drôle et tendre. Grace n’est pas avare de mots, et converser avec elle est un vrai plaisir. Aussi, le fruit de notre conversation étant relativement dense, j’ai décidé de scinder le tout en deux articles qui suivront le plan de mes questions, à savoir une première partie sur Grace elle-même, et une seconde plus axée sur la série. Voici donc la partie I

I- Grace, droit dans les yeux (violets, c’est encore mieux!).

Ludo ondori : Tu es déjà plutôt célèbre auprès du public français, mais j’aimerais commencer avec toi de la même manière que je commence toutes mes interviews, en te demandant de te présenter et me dire comment tu te décrirais toi-même…

Grace Neutral : Je m’appelle Grace Neutral, je suis une tatoueuse et activiste basée à Londres, et j’imagine que je dirais de moi que je suis juste une fille qui essaye de créer du bel Art et répandre l’Amour, et qui a trouvé que tatouer était un bon moyen de le faire!

Répandre l’Amour hein? C’est particulièrement clair selon moi quand on regarde tes documentaires, tu es vraiment une porteuse de lumière!

Oh! Merci beaucoup!! En fait, c’était facile de juste jouer avec la Lumière parce que j’ai eu la chance de rencontrer tant de belles personnes dans ce voyage que j’ai entrepris! C’était juste facile d’être heureuse et remplie d’amour, parce qu’il n’y avait que ça tout autour de nous!!

Je vois! Alors dis moi, comment es-tu entrée dans le monde du tatouage et des modifications corporelles? En tant que cliente et ensuite en tant qu’artiste?

Comme cliente, je me rappelle j’avais environ 15 ans, et je suis juste allée au studio de tatouage près de chez moi pour prendre rendez-vous pour un tatouage pour mon petit ami! Il voulait que je le fasse pour lui parce qu’il était au travail, et j’ai fini par sortir de là avec un encrage sur moi! (ndlr : un petit cœur sur le tibia si je ne m’abuse). Je pense que c’est comme ça que tout a commencé pour moi…

Et puis j’ai commencé à travailler dans un studio de tatouage et de piercing, quand j’avais environ 19 ou 20 ans. J’ai été formée comme pierceuse, ce que j’ai fait pendant des années. Et puis il y a quoi… six ou sept ans? J’ai commencé à m’essayer au handpoke, en autodidacte. Au boulot dans le studio mais aussi à la maison avec des amis… Et c’était parti!

Pourquoi tu as choisi le handpoke plutôt que la machine?

Eh bien… D’abord j’ai essayé ça à la maison, avec donc deux amis, dont le gérant du shop. Un soir où on traînait, j’ai décidé que je voulais essayer… On n’avait pas de machine avec nous, alors je me suis dit que j’allais le faire comme ça, à l’aiguille et voir comment ça sortait. C’est ce que j’ai fait, c’était super fun, et super moche, je vais pas te mentir (rires). Mais j’ai vraiment adoré. J’ai surtout aimé sentir cette connexion sur le plan humain tu vois? J’ai trouvé que c’était une très belle expérience, et j’ai toujours voulu rejouer ça encore et encore… Je ne savais pas si je voulais le faire « professionnellement » parce que… bein je ne savais même pas que des gens voudraient se faire faire du handpoke! Tu sais, parce que c’était pas très populaire à l’époque…

Vraiment? Ah oui remarque il y a quelques années…

Ouais! Quand j’ai commencé j’avais plutôt besoin de convaincre les gens de se faire du hanpoke en fait, parce que personne ne savait vraiment de quoi il s’agissait là où j’étais à Londres. Donc il fallait que j’explique, et les amène à aimer l’idée… parce qu’il y avait quelques préjugés bien ancrés que je n’arrêtais pas d’entendre comme… « oh, on m’a dit que ça tient pas vraiment longtemps… » « ça s’estompe plus vite » etc… Et moi je me disais… « bein non, c’est pas vrai! » et finalement ça m’a poussée encore et encore à devenir une meilleure artiste au fil des années! Parce que plus le temps passe, plus je remarque qu’il y a de plus en plus d’artistes à faire du handpoke, et qu’il y en a de vraiment vraiiiment incroyables!

Oui on en a aussi d’excellents en France! (ndlr : je pensais notamment à Woody Hills qui, en 2014 nous confiait vouloir s’y consacrer de plus en plus, ou encore à Sybarite interviewé récemment ici)…

Et j’arrête pas d’entendre des gens dire « oh mais c’est du handpoke, c’est supposé ressembler à ça… » et tu sais, je n’ai jamais voulu me servir de ça comme d’une excuse pour mon travail, et ça me pousse à toujours vouloir améliorer ma technique, faire de meilleures lignes, de meilleurs shadings… pour que les gens regardent mon boulot et ne pensent même pas que c’est du handpoke.

Ça me fait vraiment plaisir quand on me dit que mes lignes semblent avoir été faites à la machine, parce que c’est exactement ce que j’essaye de faire! Prouver que le handpoke peut être aussi propre, fluide et solide que du travail à la machine.

Je change un peu de sujet mais dans l’épisode de la saison 1 de Needles & Pins, en Corée du Sud, où la situation est similaire à celle au Japon, c’est à dire un statut illégal du tatouage et une impopularité très forte dans la société. Tu accompagnes une jeune femme qui annonce à ses parents qu’elle est lourdement tatouée et tu es extrêmement émue. J’aimerais savoir quelle est la relation qu’ont tes propres parents à tes démarches et tes choix de modifications…

Ils l’acceptent totalement, et me soutiennent à 100%. Bien entendu, puisque j’ai commencé à me faire tatouer et modifier à un âge plutôt jeune, il va sans dire qu’ils ont eu à passer par une phase d’inquiétude. Savoir si je prenais les bonnes décisions parce qu’on parle de choses permanentes etc… Le tatouage n’a jamais vraiment été un problème, mais quand j’ai commencé à modifier mon visage… quand j’ai commencé les scarifications et… tu sais… le « tongue-split » etc… Ma mère était inquiète. Non pas à cause de ce que je faisais, mais elle voulait vraiment s’assurer que je savais où j’allais et aussi que je le faisais de façon complètement sécurisée. C’est bien ce pour quoi tous les parents s’inquiètent non? 

Mais mes parents s’y sont fait rapidement et ils me voient pour celle que je suis et comprennent ce que je fais : une forme d’Art, et ils me soutiennent complètement. Mon père est un ancien capitaine alors il avait ses propres stigmates à propos de tatouage et il lui a fallu un peu batailler avec ça, mais je pense que j’ai été plutôt une aide pour lui, à les surpasser plus vite peut-être? Il a beaucoup appris à travers moi donc… Tout va bien maintenant!

OK! Je me demandais aussi par rapport à ton ablation du nombril… Est-ce que cela a eu un impact particulier sur ta relation avec ta mère? A-t-elle été plus affectée par cette modif que par les autres?

Oooh non! Après l’avoir fait, je lui ai dit « tout le monde m’a dit que tu allais être chamboulée parce que c’est notre lien unique etc… » (petite pause) Et ma mère a éclaté de rire! Elle m’a dit « T’es stupide ou quoi? J’ai pas besoin d’un nombril pour savoir combien je t’aime et à quel point nous sommes connectées en tant que mère et fille! » Elle a trouvé ça hilarant. Donc non ça ne l’a jamais vraiment affectée spécialement.

Ouais c’est évidemment très censé, mais plaisant quand on découvre que les gens qu’on aime réagissent de cette manière…
Ndlr : ici arrivait la question proposée en commentaire sur Facebook par le shop « People Are Strange » mais…
Alors parmi toutes tes activités… le tatouage, le piercing, la mode, les documentaires…
(elle rit) Laquelle te permets le plus d’expr…

Hahaha! Tu fais sonner ça comme si c’était énorme!

Bein… ça l’est quand même non ?(rires)

Ouais mais… j’ai l’impression de me dédoubler dans les choses que je fais… Par exemple la mode… J’ai juste eu la chance que des gens talentueux me demandent de faire des choses avec eux, et je l’ai fait parce que je n’en avais jamais eu l’occasion et… tu sais la vie c’est essayer des choses nouvelles et avoir de nouvelles expériences alors…

Mais je suis une tatoueuse pas vrai? Je ne pierce plus depuis longtemps et… c’est vrai que j’ai la chance de faire ces documentaires. C’est un honneur et un privilège de pouvoir le faire, et clairement j’adorerais continuer à voyager de par le monde et apprendre sur le tatouage, parce que c’est la plus grande leçon de vie qui me soit arrivée dans ma carrière. Mais mon pain quotidien, c’est le tatouage. Je vis et respire tatouage, je tatoue tous les jours et j’adore ça. Je veux juste continuer à grandir sur le plan artistique et devenir la meilleure tatoueuse que je puisse être. C’est le but principal de ma vie. Mais sur le chemin, si je rencontre de belles personnes, apprends ces belles choses et vis ces incroyables expériences… J’embarque direct!!

Pour revenir un peu sur les bodmods autres que le tatouage… Je sais qu’on t’a probablement posé cette question un milliard de fois mais…

Oh tu vas me parler de mes yeux!!

Haha non, en fait, non!

Haha désolée, mais quand t’as dit qu’on me l’a demandé un milliard de fois… en général j’attends un peu mais bon… j’ai pensé à ça « comment ça se passe etc… »

Non parce que j’ai justement vu une vidéo où tu expliquais très bien le type de sensation, le processus etc… bref, parmi toutes tes modifs, laquelle a été la plus douloureuse? (on n’était pas loin non plus haha)

Mmmmmh… il y a deux choses différentes à prendre en compte… l’opération elle-même, et la cicatrisation.  Tu peux très bien avoir une opération bien douloureuse et une cicatrisation pas si mal… ou inversement! Pendant la cicatrisation tu n’as pas autant d’adrénaline, d’endorphine etc qui t’aide à gérer la douleur… Pour moi le pire a clairement été les oreilles. J’ai fait retailler mes oreilles en pointe tu sais? L’opération était longue, et on l’a fait tard le soir… mais c’est le lendemain, en me réveillant… Je n’avais jamais rien vécu de tel… J’ai cru qu’on m’avait roulé sur la tête avec une voiture (rires)! Ma tête irradiait littéralement de douleur! J’avais du sang séché partout sur et autour des oreilles, mon visage…

Oh merde!

Ouais… J’étais pas vraiment ultra heureuse à ce moment-là précis… Ça valait le coup mais… j’étais clairement pas bien préparée à ça… Faut dire que je ne connaissais personne d’autre qui avait fait ce genre de chose. Ça a d’ailleurs souvent été le cas même pour d’autres modif… il a fallu que je me débrouille un peu toute seule sans référent proche… C’était dur mais ça m’a rendue plus forte! Et j’adore le résultat donc c’est bon, ça valait le coup pour moi!

Oh chez inkage on adore aussi tes oreilles, je dois te le dire!

(timidement) Merci! 

Ok Grace, merci beaucoup pour ces précisions, j’aimerais maintenant qu’on parle un peu plus de la série Needles & Pins si tu veux bien!

Oh, absolument!

Eeeeeet c’est tout pour aujourd’hui! Je te garde la deuxième moitié de l’interview pour très vite, et tu verras que la belle a encore beaucoup à dire, partager, raconter… J’espère que tu auras déjà apprécié cette première partie, et pour te donner un avant-goût de ce dont on parle la prochaine fois, voici la bande annonce FR…

 
NEEDLES & PINS par Viceland-France

Aller à Grace Neutral, la porteuse de lumière, deuxième partie

A propos de l'auteur

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Passionné par le tatouage, la photo, et l’image en général, cet expatrié au Japon, diplômé d’Arts Plastiques repenti aime regarder le monde. Vous pouvez également retrouver ses articles tatouages sur son blog personnel Le Support et l'Encre son Instagram ou suivez-le sur Facebook pour toujours plus de tatouages

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