Salut les pigmentés! Quand j’étais jeunot, Cookie Dingler spammait les ondes FM, et franchement, je me demandais toujours ce qu’était vraiment une « femme libérée », et puis en grandissant, j’en ai rencontré quelques-unes. Elles ne sont pas souvent celles qu’on connait, les égéries présentes sur les plateaux télé ou les pages de Télé 7 jours, qui, pourtant, sont celles qui vendent l’image de la femme moderne et auxquelles les jeunettes d’aujourd’hui vont peut-être aspirer à ressembler. Sophie Poppins, au sourire aussi large que l’ouverture du parapluie de la célèbre nounou qui a inspiré son pseudo, est l’exemple parfait de femme libérée, non pas de l’homme, misandre égarée, mais des clichés. Penseuse, voyageuse, consciente, active, j’avais vraiment envie de l’entendre parler, notamment, de l’image de la femme tatouée aujourd’hui, et je suis ravi qu’elle ait répondu à mes questions.

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Ludo- inkage : Bonjour Sophie, pour commencer, pourrais-tu te présenter rapidement à nos lecteurs ?

Sophie Poppins : Je suis une vieille dame de 33 ans, passionnée de voyage et d’art, arrière petite fille de paysan breton, née d’une mère artiste graveur. J’aime la poésie, visuelle, verbale et gustative, je m’efforce de la cultiver comme mode de vie.

Tu es tatoueuse à Nouméa en Nouvelle Calédonie, et je sais que tu as beaucoup voyagé dès tes 18 ans. L’Inde notamment où tu as suivi tes études artistiques. Comment es-tu passé du crayon au dermographe ?

Bien avant 18 ans même, c’est là où j ai développé le virus du voyage, avec des voyages camping/rando/sac à dos avec ma famille, puis en solo par la suite en effet. La transition crayon/ordinateur (je suis designer en communication visuelle de formation) s’est faite par le bref intermédiaire des pinceaux de maquillage artistique. Il me manquait les outils, la matière, ainsi que le rapport au corps qui m’a toujours fasciné. La dimension sociale aussi. En maquillage je me retrouvais sans cesse à réaliser de faux tatouages, en recouvrir, et c’est aussi l’époque ou j’ai découvert Paris et les tatoueurs avec un grand T. Ceux du MYSTERY TATTOO CLUB, salon d’Easy Sacha qui fut mon mentor par la suite, ainsi que ceux d’Hand in Glove, shop de Romain Pareja. Ce sont eux qui m’ont initiée à la culture du tattoo dans toute sa dimension artistique et incroyablement humaine. Je me faisais tatouer tous les trois mois, puis tous les mois, en les harcelant pour qu’ils me prennent comme apprentie, leur amenant rapidement des piles de dessins à chaque séance, et passant les voir dès que je le pouvais. Je leur dois tout et je les aime fort!

 

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La Nouvelle Calédonie, ça fait rêver, les cartes postales, tout ça… Mais un archipel de 200,000 habitants, dont la moitié dans la ville principale, qu’est-ce que ça donne en terme de clientèle pour une tatoueuse ?

Il n’y a pas d’endroit parfait, mais le fait de m’éloigner et de m’extraire de ce “milieu” m’a fait du bien. Je suis une fille des extrêmes, pas du milieu. Je ne cherche pas à être une rock star, je ne tattoo pour de vrai que depuis trois petites années, j’aspire à une vie simple et calme. Par ailleurs, puisque beaucoup de choses ici prennent du temps à se développer, lorsque je suis arrivée il y a trois ans, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir à faire à la scène du tattoo des année 90. Ce qui en-soi fut parfait pour apprendre. J’ai appris sur le tard, mais ai finalement eu la chance de pouvoir apprendre “à l’ancienne” en faisant beaucoup beaucoup de tribal et de choses basiques. Je pense que les choses auraient été différentes si j’avais commencé à tatouer à Paris. Cela me plaît.

Et puis sur ce bout de terre du bout du monde que l’on appelle le “caillou”, les choses évoluent tardivement mais prennent vite de l’ampleur. Il y a un gros turnover d’expatriés, qui amènent avec eux de nouvelles envies et une ouverture aux gens du pays.

Après il n’y a pas d’endroit parfait mais il y a la vie qui nous correspond, et avec viennent les choix à faire en conséquences. C’est sur que si j’habitais une grande ville je ferais encore plus de projets cool, je progresserais plus vite et mes clients changeraient plus. Mais ici, je peux avoir une vie simple et belle et c’est cela qui m’importe vraiment. Après deux ans à travailler dans un street shop très porté sur l’argent et le business, je travaille depuis un an à mon compte en studio privé avec vue sur la mer. Je ne fais qu’un tattoo par jour, le reste du temps je dessine, je promène mon chien, je regarde la mer, je nage, je cuisine, je vis!!!

 

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Je dois avouer que je t’ai découverte d’abord en tant que tatouée (par le biais de notre tatoueur commun Gakkin, qui m’a parlé de toi), comment et pourquoi as-tu commencé à insérer de l’encre dans ta peau ?

Comme une adolescente de quinze ans qui voulait faire sa rebelle dans les années 90 avec un signe chinois sur l’épaule puis un tribal dans le dos (fait par la belle et talentueuse Dodie d’ailleurs hahah).

Puis quelques autres fioritures plus ou moins pathétiques. Jusqu’à ce que je prenne enfin conscience de la dimension artistique de la chose, obnubilée par les vieilles photos japonaises tout d’abord puis grâce à la découverte d’artistes merveilleux sur Paris. Le projet d’un bodysuit s’est ensuite vite présenté comme une évidence. Les extrêmes et la passion.

Avec du recul je peux aussi mettre le doigt sur une raison qui n’appartient pas au domaine du conscient mais qui joue très certainement un rôle important dans ma démarche d’encre sous peau. J’ai toujours eu un gros problème avec le fait d’être blanche. A l’âge de quatre ans j’en voulais à mon père de ne pas être Noir. Ainsi j’aurai pu être métisse. haha, pour de vrai, c’était ma logique de petite fille. Il m’a fallu 8 ans passés en Inde pour que j’accepte ma blanchitude. Cela a pris du temps. Et depuis je deviens bleue, c’est vraiment mieux que rien : )))

Iconique Junko Shimada AKA Junii, compagne de Bill Salmon.

Mis à part le pré-cité, qui a eu la joie et l’honneur de te tatouer ?

Non mais c’est moi qui aie eu la joie et l’honneur enfin!!! Il y a eu Guy le tatooer (avec qui j’ai voyagé puis atterri ici), Easy Sacha, Just , Cokney, Gotch, Damien j thorn, Victor j webster , Nissaco, Rachierhatklor, Joshua solomon, Harry Morgan, Caleb Harrower, Hugo Fulop , Liam Sparkes, Valentin Jorquera

Je porte leur art avec beaucoup de fierté et de reconnaissance. Tous sont de formidables artistes et de sacrés personnages!

 

Haha finalement je vois qu’on a plus d’un tatoueur en commun !
Tu participes actuellement au concours Miss Tattoo France 2017. On ne va pas se mentir, ce genre de concours n’a pas toujours une bonne image auprès des plus rétractés rectaux. Mais j’ai lu que ton intention était justement d’humblement aider à changer l’image de la femme tatouée dans les médias. Pourrais-tu développer un peu s’il te plaît ?

Bon à la base c’est parti d’une connerie, j’ai envoyé quelques photos à l’arrache en réalisant que cela tombait pendant mon voyage prévu en France et qu’avec un peu de chance cela me payerai mon billet d’avion!! haha en fait même pas!!

Parmi les caractéristiques du milieu dont je parlais plus haut, il y a la police du tattoo, qui implique et définit tous ses codes et conduites à adopter. Comme toute police, c’est un peu bien et un peu tout nul. Chaque personne du milieu contribue à tout cela, moi compris, cela fait un bon mélange d’autorités et d’ego. Moi je me situe tout en bas de l’échelle.

Mais ce genre de concours pour toute personne qui se respecte, surtout quelqu’un qui fait des tattoos, c’est interdit!! Impensable en tout cas. Alors on crache dessus, parce que chaque fois c’est pareil, les filles sont des bonasses, parfois belles aussi, mais avec bien souvent très peu de tattoos et surtout beaucoup de tattoos pourris. Je suis la première à m’en indigner. Car il y a tellement de femmes qui ne sont pas du tout des bimbos, pas des suicide girls, pas des bonasses aguicheuses et qui portent des tattoos tellement tellement beaux. De vraies belles choses qui, si elles étaient publiée et exposées au grand public, nous amèneraient sûrement beaucoup plus de clients désireux de belles pièces plutôt que de tattoos vus sur pinterest ou autre star de la pop/reality TV.

Mais pour ça il faut se montrer, sinon comment changer cela? C’est bien beau de faire partie d’un petit milieu élitiste et fermé, qui se revendique marginal d’autres milieux élitistes et fermés, mais alors, pourquoi critiquer par la suite les personnes qui n’ont pas accès à ce milieu? N’est-ce pas justement notre devoir/pouvoir/vouloir de les éduquer lorsque par ailleurs nous nous battons afin que notre pratique soit reconnue comme un art?

Donc oui, alors que je n’en avais parlé à personne et en avais un peu honte (haha non carrément même!), j’ai décidé d’assumer et de militer à ma toute petite échelle, et fuck it si ça ne plaît pas à tout le monde et très sûrement ce n’est pas les tattoos qui gagneront, mais au moins j’aurai essayé.

Dans ces temps d’hyper-représentation des tatoués dans les magazines, les publicités, les podiums de défilé et les terrains de sport… Le mâle alpha aux abdos en béton et aux tatouages bas de gamme devient un standard aussi. L’image de l’homme tatoué est-elle vraiment différente? Moins facilement sexualisable ?

Différemment sexualisante, mais ta question est des plus pertinentes! Je connais tellement d’hommes qui ont des encrages magnifiques qui n’ont tellement rien à voir avec tout ce que les médias représentent!! Je crois vraiment que nous (les passionnés de tatouage avec de très belles pièces) avons une part de responsabilité dans tout ça.


Toi comme moi, vivons loin de la métropole (16.758 km de Paris pour toi et 9.633 pour moi), dans des endroits qui ont potentiellement une culture de l’encre très différente. Est-ce que cela change ta perception du tatouage ? Ton rapport au corps est-il le même que nos compatriotes ?

C’est toi qui devrais répondre à cette question pour que cet article soit intéressant!! Je suis sûre, de par mes voyages au Japon que tu aurais de belles choses à dire et pourrais y glisser un lien vers le site save tattooing in japan. Alors je te prête cet espace ok?

Haha merci! J’en parle effectivement souvent, et je saisis ta perche pour signaler qu’on a publié un assez conséquent dossier sur le tatouage japonais, et que ces sujets y sont bien entendu abordés, mais pour le moment, c’est moi qui pose les questions héhé, alors?

En Calédonie contrairement à la Polynésie il n’y a pas de culture du tatouage, beaucoup de regards étonnés, (surtout en tant que femme tatouée) qui me permettent un contact intéressant avec les locaux – chose très très dure ici – mais c’est tout.

Je vois! C’est plutôt une bonne chose donc! Pour finir, revenons à ta pratique. Comment on fait si on veut te confier un peu de peau et qu’on n’habite pas près de chez toi ? Des chances de te croiser en métropole de temps à autre ?

Haha j’ai pas mal de clients Français qui en profitent!!

Je ne suis passée qu’une fois, quatre jours en métropole depuis les 3 ans et demi que je suis partie. J’y retourne après demain, mais pour les vacances, j’y reste un mois, c’est déjà à peine assez pour voir les personnes que j’aime alors je ne tatouerai pas! Même mon père me l’a demandé mais non. Il faudra venir me voir.

J’aime bien l’idée d’être en vacances, et puis je ne ne suis qu’une mini tatoueuse de rien du tout, avec un tout petit T, alors on verra plus tard pour les guests. Si l’occasion se présente pour y rester plus longtemps ou dans un autre contexte peut être, mais rien de tel de prévu pour le moment. : ))

Est-ce que tu as des projets ou des envies particulières pour ton avenir professionnel ? C’est le moment de lancer un appel si tu le souhaite, ou faire une déclaration qui entrera dans l’histoire ! la dernière partie t’es complètement offerte, tu es libre d’y dire ce que tu veux à qui tu veux, de la manière que tu veux, c’est à toi !

Je souhaite continuer à être heureuse et vivre simplement. Et c’est bien parti pour. J’aime l’idée de rester aussi artisan je n’ai pas d’ambition de fame ou autre.

Pas de déclaration à part que j’aime mon mari à la folie, puisqu’il me demande si je parle de lui dans l’article!!

Merci à toi et à inkage pour cet échange et à tous ceux qui l’auront lu!

Merci encore Sophie! 

 

 

Choses fines. #tattoo # tatouage #instatattoo #noumea #newcaledonia #nouvellecaledonie #lace

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Tu peux retrouver Sophie Poppins sur sa page instagram, et toutes les infos concernant le concours Miss Tattoo France sur leur page Facebook

 

A propos de l'auteur

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Passionné par le tatouage, la photo, et l’image en général, cet expatrié au Japon, diplômé d’Arts Plastiques repenti aime regarder le monde. Vous pouvez également retrouver ses articles tatouages sur son blog personnel Le Support et l'Encre son Instagram ou suivez-le sur Facebook pour toujours plus de tatouages

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