Les tatouages noirs de Gakkin

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Konnichiwa les fadas du free hand ! Aujourd’hui je voudrais prendre le temps de dresser le portrait d’un grand monsieur (il est vraiment grand en plus) de la scène japonaise. Gakkin officie au studio 針三昧 : Harizanmai en plein cœur de Kyôto, dans ma magnifique région du Kansai. Il fait partie de ces artistes qui développent une patte reconnaissable entre mille, et que j’affectionne tout particulièrement. Si l’homme a commencé dans la couleur, c’est dans le noir dense qu’il sombre aujourd’hui et nous emmène dans les profondeurs de l’encre la plus pure.

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En peinture, on avait Pierre Soulages, qui travaillait le noir, allant jusqu’à créer sa propre couleur avec ses propres mélanges de plomb… En tatouage, il y a quelques artistes qui se spécialisent dans le noir. Kenji Alucky par exemple (on va en reparler plus bas), et évidemment, celui qui nous intéresse aujourd’hui Gakkin. Bien qu’il a commencé par des tatouages en couleur, souvent vifs et joyeux, son univers aujourd’hui a radicalement changé. Versé dans les grands aplats, les designs tranchés, et beaucoup d’effets de matières, l’imagerie de Gakkin est forte.

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Mais le noir n’est pas la seule caractéristique du travail du tatoueur. Son « trait » est une aiguille de plus à son magnum. Lourdement ancrés dans l’imagerie de l’estampe traditionnelle, tout en s’affranchissant de ses codes, les motifs de Gakkin ressemblent à des pages volantes de croquis des maîtres qu’on aurait retrouvées dans une collection enfouie dans un coffre et oubliée par l’Histoire de l’Art. Des Yôkai qui viennent crier vengeance sur les corps des humains, plus vivants que n’importe quelle œuvre muséale. Ici une araignée géante, là des truites de rivière… plus loin un cygne suivi d’un Kirin, un singe… le bestiaire est infini, la tradition toujours présente, mais la technique résolument moderne.

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Car Gakkin ne tatoue pas au Tebori, contrairement à ce que son style pourrait éventuellement laisser penser à certains. Les figures ont beau être stylées estampes, on s’éloigne tout de même ici, plus qu’il n’y paraît, du tatouage traditionnel japonais dans sa forme la plus ancienne. Bien entendu la couleur disparaît, mais pas seulement. Chez Gakkin, le fond se déforme, se tord, il s’accorde encore davantage à la figure que ne le fait le fond en grosses bandes noires du traditionnel qu’on connaît. Il danse avec le motif et le corps du tatoué. L’harmonie du support et de l’encre est ici poussé à l’extrême. L’artiste, ce n’est pas un hasard, travaille d’ailleurs toujours en freehand. Il ne prépare pas de calque, mais dessine son motif directement sur le corps du client. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il improvise…

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Quand on lui apporte un projet, il commence par photographier la partie du corps qu’il va tatouer, puis travaille son design directement sur les photos. Cela lui permet d’élaborer son projet, la composition, son mouvement, sa dynamique etc… C’est seulement lors de la première séance qu’il va effectivement dessiner sur le corps même et commencer le tatouage. Pour ce faire, et lorsqu’il s’agit de grosses pièces, il bloque toujours une journée entière pour avoir le plus de temps possible pour poser ce design avant de le rende définitif.

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Il va sans dire qu’il affectionne tout particulièrement les projets de grande taille, et la liberté de création. Il ne viendrait de toute façon à l’idée de personne de dire à Gauguin « tu peux me peindre une femme allongée ? Non pas comme ça… la jambe plus tendue… les cheveux moins longs… les yeux ouverts !! »… Compte débourser 20,000 Yens de l’heure (soit 150 euros à l’heure où j’écris ces lignes), pour porter un de ces travaux pour le reste de tes jours.

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J’ai parlé plus haut de Kenji Alucky, un autre tueur parmi les « blackworkers », très porté sur la géométrie. On ne sera pas étonnés de trouver des projets en collaboration des deux compères. La géométrie et le noir au service de l’habillage d’un corps. C’est tout simplement époustouflant.

Bref, vous l’aurez compris, Gakkin fait partie de ces artistes à qui on n’a pas envie de demander un flash. On veut lui donner le plus de latitude possible dans sa création, et une belle partie de son corps. Pour avoir la chance d’être tatoué par lui, il faudra néanmoins de la patience, car si vous n’êtes pas prêts à venir au Japon, son agenda à l’étranger, où il fait beaucoup de conventions, est déjà bien complet pour 2 ans (il a toujours quelques possibilités pour des projets qui le feraient vraiment vibrer alors tente toujours…). Pour ceux prêts à venir au Japon, un rendez vous dans l’année est possible… et pour ceux encore plus chanceux, il se pourrait même que votre projet lui plaise vraiment et qu’il vous trouve par chance une place dans quelques semaines… mais ne rêvez pas trop, ça, ça n’arrive qu’à moi ! Alors en attendant de pouvoir ajouter ma jambe droite à la galerie des chefs-d’œuvre du monsieur, je vous laisse apprécier l’étendue de son talent…

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Vous pouvez retrouver Gakkin sur la page Facebook de son studio

Sa page Facebook

Son instagram : @gakkinx

A défaut de vous faire tatouer, vous pouvez toujours acheter la combinaison de sport que Manto a élaboré avec lui : http://www.mantoshop.eu

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  • Article bien sympa, comme d’habitude. Le travail de Gakkin est toujours impressionnant, même quand on l’a vu mille fois on ne s’en lasse pas.
    Par contre petite faute de frappe au début, c’est « harizanmai » 😉

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