J’ai rencontré Shad dans son studio à Bruxelles, une pièce feutrée dans laquelle on se sent vite à son aise. Un endroit également dédié aux arts traditionnels japonais sous toutes leurs formes mais aussi, évidemment, le tatouage ! J’ai pu admirer les nombreux dessins de projets en cours, mais également deux bodysuits sur des clients de Shad (en photos) dont le travail réalisé est juste magnifique. En discutant avec l’un des deux clients, j’ai appris qu’il venait depuis sept ans ! La patience ou la qualité primordiale que possède les Japonais afin de réaliser à la perfection les gestes minutieux nécessaires à la pratique de leurs arts majeurs, que ce soit la cérémonie du thé, la calligraphie, le kabuki, l’origami, etc. Voici un tatoueur passionné par son art et intarissable à ce sujet qui m’a accueilli avec générosité.

Bonjour Shad, peux-tu te présenter ?

Bonjour, je m’appelle Shad, je vis à Bruxelles et j’exerce le tatouage depuis 1991. Je travaillais sous le nom de Shad chez Hannya Tattoo et j’ai officiellement été nommé Hori Tsuki Kage 1, il y a 10 ans maintenant.

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Peux-tu me raconter ton parcours, ton apprentissage dans le tatouage ?

J’ai suivi une formation dans une école d’art durant 5 ans, mais pour arrondir mes fins de mois, je customisais des t-shirts à l’aérographe ainsi que d’autres supports tels que des casques de moto ou des blousons de cuir. Un tatoueur de Bruxelles a vu l’une de mes œuvres et m’a contacté pour passer une commande et très rapidement, j’ai commencé à dessiner pour lui. Je ne pensais pas devenir tatoueur, mais mes dessins ont rencontré beaucoup de succès alors je m’y suis mis sérieusement. Finalement, à cette époque, les tatoueurs de Bruxelles ne travaillaient qu’avec des flashs, j’ai donc exploité l’aspect custom, chaque pièce dessinée pour le client était unique. J’ai suivi un apprentissage pendant 4 ans puis j’ai collaboré avec différents artistes. Ensuite, j’ai ouvert mon propre studio à Bruxelles en association avec un apprenti qui exerçait au même studio que moi ! Hannya Tattoo était née !

As-tu toujours tatoué du japonais traditionnel ?

Non, j’ai également travaillé avec des flashs pendant 3 ans, j’ai aussi essayé plein de styles différents, notamment dans les années 90, le biomécanique, l’heroïc fantasy et le tribal étaient très demandés.

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Comment as-tu découvert ce style ?

A 19 ans lorsque j’ai pris la décision de me faire tatouer un gilet japonais. J’ai toujours été passionné par la calligraphie sous toutes ses formes, ma vraie formation étant Lettreur (peinture de lettrage sur vitrine et calicot) et par la même occasion Graffeur. Le Shodo Japonais a très vite attiré mon attention et de fil en aiguille, ma passion pour le Japon ainsi que tous ses arts s’est développée. De la peinture à l’encre de Chine (Suiboku-Ga) ou le théâtre de No mais également le Kabuki qui me fascinait par les visages grimaçants aux expressions dramatiques de ses acteurs, la mythologie, etc. J’ai donc approfondi mes connaissances en procédant à des recherches pendant 4 ans, sans dessiner de tatouages japonais car je voulais d’abord en connaître parfaitement les symboliques avant de les coucher sur papier. La symbolique étant la partie la plus significative de ce style de tatouage, pour moi cela n’avait aucun sens de dessiner ce style sans le maîtriser parfaitement et je comptais bien pouvoir contrôler ce que j’allais porter sur mon corps le restant de mes jours. J’ai vraiment été conquis par ce style et c’est la raison pour laquelle, j’ai décidé 10 ans plus tard de me consacrer uniquement à cette discipline.

Tes projets sont uniques, pas de flashs. D’ailleurs, tu ne souhaitais pas que je photographie les dessins visibles. Comment travailles-tu tes idées de dessins ?

Chaque projet est unique, c’est donc pour cette raison que je ne veux pas que mes dessins soient publiés, car je pense que chacun devrait faire ses propres recherches pour son projet de tatouage et non dupliquer le motif des autres, que ce soit à travers le magazine ou maintenant via les Smartphones, ce qui est encore plus facile. Voici la raison pour laquelle je ne laisse personne photographie les projets visibles dans mon studio, ils sont uniquement pour mes clients.

Est-ce le client qui te soumet son projet ou il te laisse travailler en fonction de tes envies ?

Oui, ils me donnent une idée et après je cuisine cela à ma manière, c’est pour cela qu’ils viennent chez moi.

Comme tu tatoues beaucoup de bodysuit, quelle est ta manière de procéder pour rester logique dans l’histoire encrée ?

Mon travail est un vrai travail de tailleur, on choisit le tissu ensemble et après on taille un costume sur mesure.

J’avais également vu que tu avais un sceau tatoué sur le thorax et une photo de toi noir et blanc avec des japonais. Fais-tu partie d’un clan ?

Je suis très proche de Horitoshi 1 qui vit à Ikebukuro et nous sommes membres de la Diamond Club Family, fondée par Bill et Junii Salmon à San Francisco. Je suis également le président du Hannya Gumi, un autre groupe international qui partage la même passion pour l’art japonais et plus spécialement la peinture.

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Ton studio est un vrai sanctuaire dédié au tatouage traditionnel japonais. Tu y es installé depuis combien de temps ?
Comment se déroule tes prises de rdv, les séances (nombre d’heures, etc.) de tatouage ?

Je suis installé dans ce studio depuis 12 ans, je fais une présélection par email des pièces qui m’intéressent et puis après cela, si on tombe d’accord sur les motifs, la taille, etc. On prend rendez-vous pour une consultation et pour discuter des détails de vive voix ! Ensuite, si nous sommes d’accord sur le projet et ses modalités, je demande un acompte pour commencer à dessiner, par contre, je reçois uniquement sur rendez–vous.

Tu voyages également beaucoup, tu reviens du brésil, est-ce une façon de t’aérer l’esprit ? Et de continuer à observer la technique de tes pairs ?

Les deux ! On apprend toute la vie ! Le fait de travailler seul dans mon studio me donne envie de voir comment travaillent les autres tatoueurs que j apprécie et d’échanger des conseils, c’est très important pour moi !

Quelques tatouages de Shad

Merci à shad pour cette interview, vous pouvez le suivre sur son site ici : www.tattoobyshad.com

A propos de l'auteur

38 ans, photographe pour inked puis rise.... amoureuse de l'image. Tatouée depuis l'âge de 17 ans, passionnée d'histoire et de culture du tatouage. Collectionneuse invétérée de livres sur ce sujet. Co-créatrice d'un fanzine dédié au tatouage FREE HANDS FANZINE. Son profil Google plus

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Une réponse

  1. Antoniadis

    Merci pour cette interview de Ringo Shad !!!
    Certainement Le meilleur tatoueur .. Artiste ..Artisan qui soit dans son domaine !!!

    Répondre

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