Livre: Love,Tattoos & Family

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Aujourd’hui, je vais me livrer à un exercice dont je n’ai pas l’habitude: la critique littéraire. Exercice des plus compliqués pour un jeune homme comme moi faisant partie de la génération Y, plus habitué à mater des séries en streaming et à lire www.Morandini.com (oui j’exagère) qu’à lire des livres. Mais je vais me glisser dans la peau d’Eric Naulleau (il en rêvait) le temps d’un instant pour vous parler du livre de l’ouvrage de notre talentueuse acolyte, Alexandra Bay: « Love, Family & Tattoo ».
Le leitmotiv du livre est de lutter contre les clichés toujours persistants dans notre beau pays sur les personnes tatouées. Il faut dire que si les clichés mènent la vie dure à ces personnes, les médias et la société en général ne font rien pour lutter contre. Les personnes tatouées sont très mal représentées dans les médias; pour les hommes, on a le droit à des footballeurs ou des rappeurs «bad boys» comme Booba, 50 cent ou Serge Lama (trouvez l’intrus) et pour les femmes ce n’est guère mieux, les chanteuses de R’n’B/POP aux textes et aux tenues légères, ainsi que les dénudées Suicide Girls qui se sont portées en égérie des femmes tatouées.

Alors que merde, les filles tatouées ne sont pas toutes des mannequins qui se baladent à moitié nues (oui dommage) et les mecs ne sont pas que des loubards roulant en Harley. L’immense majorité des tatoués sont des personnes normales, avec une vie posée, un travail et une famille. Or, on ne parle jamais de ces personnes là.

L’un des portraits de famille du livre
L’un des portraits de famille du livre © Alexandra bay

Le livre s’ouvre sur l’histoire personnelle d’Alexandra, celle d’une jeune femme qui entra dans le monde du tattoo par le biais d’un premier tatouage à l’aube de ses 18 ans, un tatouage qui ouvrira la porte à bien d’autres. Mais la jeune fille qu’était Alexandra et qui se rêvait à travailler dans un milieu artistique dû se heurter à la dure réalité lorsqu’elle dû travailler dans un milieu professionnel classique. Elle fut alors confrontée aux regards jugeurs, aux critiques car même si le tatouage s’est considérablement démocratisé, les préjugés restent nombreux lorsqu’il s’agit de grosses pièces et d’autant plus sur une femme.

En 2006, alors qu’Alexandra était enceinte de sa fille, elle dû rendre visite à l’anesthésiste, celle-ci, en découvrant le dos tatoué d’Alexandra se fendit d’une remarque des plus inappropriées:
« Mais quand va s’arrêter cette mode ridicule, pourquoi faites-vous ça ? » etc.
Sa remarque blessa véritablement Alexandra qui se sentie infantilisée alors qu’elle s’apprêtait elle-même à devenir mère. Comment cette femme s’est-elle permise de poser un jugement sur une culture (et non une « mode ») dont elle ne connait rien car oui, comme l’explique Alexandra, le tatouage n’est pas une simple mode, c’est quelque choses de personnel, qui a une signification, une histoire propre à chacun, ce n’est pas un simple motif que l’on réalise sur un coup de tête et que l’on regrettera un jour, même si une partie de la population a du mal à le concevoir.

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La couverture du livre avec une photo du mari et de la fille d’Alexandra © Alexandra bay

C’est de cette mauvaise expérience qu’est née l’envie d’Alexandra de réaliser ce livre. Si elle souhaitait au départ lutter contre les préjugés à travers ce livre, elle comprit que ce n’était pas la bonne démarche à adopter et préféra prendre l’option d’expliquer la culture tattoo par le prisme de familles tatouées.
La démarche est simple: faire des portraits de familles sans artifices, sans fioriture, exposer ces parents tatoués et montrer au monde qu’ils ne sont en rien différents des parents à la peau vierge de tous motifs, ni meilleurs ni moins bien. Pour réunir ces portraits de familles, Alexandra parcourut le pays en long, en large et en travers (Et ton bilan carbone Alexandra ! Tu y penses à ton bilan carbone ?), se permettant même une excursion dans le pays des banques, du chocolat et des exilés fiscaux, la Suisse, pour rendre visite à l’inénarrable famille Leu.

C’est ainsi qu’elle réunit pas moins de 18 familles très diverses, des jeunes, des plus âgées, des couples homoparentales (prend ça Christine Boutin), des anonymes et des personnes plus connues comme la légende du tatouage français qu’est Tin-Tin.

Le livre nous emmène donc, le temps de 80 pages, à la découverte de ces familles à travers les photos d’Alexandra qui se veulent vraies et sincères. Elle nous montre des familles tout ce qu’il y a de plus normal, heureuses avec des parents aimants mais des familles qui sont pourtant totalement invisibles dans les médias, les mêmes qui nous abondent à longueur de temps de clichés dont je parlais en début d’article.

On découvre ainsi Nadine et Mathieu, un couple de notaires, profession que l’on pourrait croire réfractaire au tatouage mais détrompez-vous, ici, Mme et M. sont tous les deux tatoués et quand on leur demande comment réagissent leurs clients à la vision de leurs tattoos, ils répondent:
« Certains sont surpris, d’autres gênés et d’autres encore se sentent d’un coup passionnés par nos tatouages. »
Plus loin, à l’aide des textes de Nicolas, on en apprend plus sur la famille Leu, grande référence du tatouage. Cette famille ne compte pas moins de trois tatoueurs en son sein, une artiste peintre et un musicien viennent compléter l’équation, le tout vivant dans une maison à l’ambiance Sixties dans le petit village de Sainte-Croix. C’est un vrai plaisir d’en apprendre plus sur cette famille qui fait figure d’OVNI dans le paysage du tatouage. Tout cela dans un livre sobre, classe, avec des photos d’une grande qualité en noir et blanc et des textes riches.

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L’un des portraits de famille du livre © Alexandra bay

En résumé, « Love, Tattoos & Family » est un livre d’une grande fraîcheur de par son concept en prenant le pari d’intéresser le lecteur avec des familles dont, pour la plupart, il n’a jamais entendu parler auparavant et le pari est réussi car, à travers les photos d’Alexandra et les textes de Nicolas, on s’attache à ces familles, à leur histoire et à leur rapport au tatouage. Le livre rend hommage à la culture tatouage avec ceux qui la construisent tous les jours et les non avec clichés ambulants qui hantent les médias.

Pour aller un peu plus loin Alexandra à accepté de répondre à quelques question :

Bonjour Alexandra, combien de temps t’as pris la réalisation du livre ? Et quelle expérience tires-tu de cette aventure ?

Environ 3 ans, ça a été une grande expérience car j’ai découvert de sacrés personnalités ! Au départ, j’avais vraiment envie de lutter contre ce que je considérais des « préjugés » et puis au final, je me suis rendue compte que c’était une façon de s’excuser ou de se justifier sur ses choix… Or, on n’a pas à s’excuser, ni à se justifier. Et en discutant avec une amie, Anna, elle m’a fait prendre conscience que peut-être, je projetais mes propres « frustrations » dans ce livre et que tout le monde ne vivait pas ses tatouages de la même façon. Du coup, j’ai beaucoup réfléchi et évolué sur ma façon de cerner le projet. Donc j’ai fini par décider de juste rendre hommage à la famille et aux parents tatoués. Malgré tout, ça reste aussi une façon de montrer l’existence de cette pratique comme une culture à part entière !

Le livre se veut un manifeste anti-préjugés sur les tatoués. Tu es toi moi-même tatouée depuis plus de 15 ans. As-tu vu une évolution de mentalité sur cette période ?

Oui, il faut dire que l’image du tatoué est beaucoup plus présente dans les médias, mais malgré tout, cela reste perçu comme une mode… Quand on présente David Beckam, c’est comme un objet de fantasme, en slip pour la pub H&M, voilà ! Donc, s’il y a plus de chanteurs ou de chanteuses tatoués et de footballeurs, pour autant ça reste perçu comme une mode ou un délire d’artistes… On ne peut pas imaginer une personne être notaire et avoir deux manchettes parce que ce n’est pas sérieux et ça ne fait pas partie du packaging… Et pourtant, j’ai un couple de notaires dans mon livre ! C’est comme cela qu’on remarquera une vraie évolution… Il faut montrer le tatouage, dans des milieux socio-professionnels inattendus ! En France, on ne voit pas de flics avec des manchettes ? Aux USA ou en Angleterre, si ! Et ils ont une culture tattoos beaucoup plus ancienne que la nôtre. Cela ne veut pas dire que tous les Américains sont fans de tattoos mais l’image est différente… En France, on a la dernière pub Levis avec un beau gosse torse nu et tatoué… Cqfd

Comment as-tu rencontré les familles présentes dans ton livre ?

Ça n’a pas été si facile car j’avais posté des annonces sur les forums de tatouages, de parents, (etc.) et j’ai eu très peu de retours. C’est lorsque j’ai photographié ma première famille que les autres m’ont contactée, via facebook ! On peut dire que Facebook est un merveilleux réseau de communication.

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© Alexandra bay

Tu es toi-même maman d’une petite fille. Comment réagit-elle aux préjugés et comment abordes-tu la question du tatouage avec elle ?

Elle ne fait pas attention au regard des autres, elle voit beaucoup de personnes très tatouées dans notre entourage et puis je l’ai déjà emmenée en convention car elle m’a tatouée ^^ Après, ça dépend des jours, parfois elle me dit « Je ne me ferais jamais tatouer car j’aurai peur de regretter », alors, je lui demande « Mais pourquoi regretterais-tu ? » et je lui explique que lorsque le motif a une vraie signification, il fait partie de notre histoire. Parfois, elle aimerait se faire tatouer les doigts, les mains, les bras ^^ Une fois, elle m’a dit que sa copine d’école trouvait son père moche car il a le cou et les mains visibles, alors je lui ai dit qu’elle avait parfaitement le droit de le trouver moche mais qu’il fallait qu’elle respecte son choix !

Alaxandra bay livre love tattoos et family
Alexandra avec une photo de sa fille © Alexandra Bay

Quels sont tes projets à venir ?

Collaborer avec inkage, vraiment parler tatouage, réaliser des interviews, des articles sur des sujets inexploités, etc. Ensuite, je prépare avec Maryon Simon, graphiste, un fanzine FREE HANDS sur l’univers artistique des tatoueurs, on va également présenter le travail d’illustration de jeunes apprentis talentueux. Le premier numéro devrait sortir courant du mois de mai, à voir. Pour le premier numéro, nous avons déjà annoncé Léa Nahon, Rocky Zero, Antoine DZR Paul, et ensuite pour connaître les autres noms, suivre la fanpage ^^
https://www.facebook.com/fanzinefreehands

Où peut-on se procurer ton livre ?

A 25 euros + 5€ de frais de port, sur le site de Black-Out via paypal :
www.les-editions-black-out.com
Et ensuite dans certaines librairies, les points de vente sont à cette adresse :
http://www.les-editions-black-out.com/-En-librairie-.html

J’ajouterai que Alexandra sera aussi présente à la convention de Montpellier ou elle aura un stand avec son livre.

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