Mina-Mizu : Un bain public pour tatoués (ou non) en projet au Japon.

tattoo onsen

Il est maintenant bien connu de tous, j’espère, que la situation du tatouage au Japon est très ambivalente. Bien que patrimoine culturel important et admiré du monde entier, le Japon continue de maltraiter ce pan de leur culture, pourtant fort mis en avant à l’époque Edo, quand les mœurs étaient moins… réservées. Aujourd’hui, c’est une pratique à l’image trop négative, trop souvent associée (à tort) aux membres de la mafia, ou simplement aux personnes susceptibles d’être en marge de la société, et donc dangereuses pour elle, ce qui constitue le crime suprême dans ce pays.

Je ne vais pas revenir sur les raisons plus profondes qui font du tatouage une pratique controversée au Japon, je te renvoie pour ça à un article que j’ai écrit il y a longtemps, et je t’annonce, que je vais développer le sujet bientôt dans un dossier sur le tatouage japonais à paraître. Mais ce qui nous occupe aujourd’hui, c’est l’initiative de Omima Miki.

Omima Miki est une entrepreneuse, et ancienne rédactrice du site All About Japan. Elle même tatouée, résidente au Japon et fatiguée de se voir refuser l’entrée aux bains publics, les fameux onsen, elle a décidé de prendre les choses en main. Depuis l’année dernière elle est entrée en recherche d’investisseurs, d’architectes et de designers pour créer un onsen situé dans la ville de Atami, dans la préfecture de Shizuoka, non loin de Tôkyô, et qui accueillera les tatoués (et les non-tatoués, parce que, je le rappelle, nous, on n’est pas discriminants). Un crowdfunding via Indiegogo est ouvert depuis hier pour élargir au maximum d’investisseurs qui voudraient, comme moi, ajouter leur pierre à l’édifice. Toutes les infos importantes sont consultables (en anglais) sur cette page, ainsi que la liste des contreparties pour les investisseurs.

Le lieu, baptisé Mina-Mizu, que l’on pourrait traduire par « Tout le monde à l’eau » ou encore « l’eau pour tous » sera une première sur l’archipel. Omima, Mimi pour les intimes, explique qu’au delà des traditionnels bains pour hommes, et pour femmes, son complexe comptera aussi une piscine familiale (et donc mixte), un izakaya (restaurant traditionnel japonais), une auberge et même un petit musée sur l’histoire du tatouage japonais ! L’entrée sera donc ouverte à tous, avec pour maîtres mots, tolérance et enseignement. Elle s’oriente vers des design modernes, et prévoit l’utilisation de technologies comme les hologrammes 7D qui viendront animer les bains pendant votre trempette, et donner une image moderne et ouverte au monde du tatouage dans ce pays fasciné et souvent précurseur en matière de nouvelles technologies. Un projet déjà bien ficelé, aux ambitions hautes mais réalistes.

 
*ces images sont des illustrations de la vision générale.

Si de plus en plus de onsen ouvrent leurs portes aux tatoués, et si les moins encrés d’entre nous peuvent toujours accéder à cet élément important de la culture japonaise en camouflant leur petit tatouage avec un strap, un tel lieu, qui briserait ouvertement la discrimination est clairement quelque chose que nous attendons avec impatience. L’ouverture est programmée pour La Golden Week (la semaine de congés des Japonais), en Mai 2019. Lutter contre les clichés accolés à notre communauté ne passe désormais plus seulement par des engagements dans nos propres pays, où nous avons déjà réussi beaucoup, même s’il reste à faire. Soutenir et comprendre la situation dans des pays qui ont apporté autant à la culture du tatouage est, à mon avis, une noble cause.

Pour plus de culture : Un onsen est un lieu incontournable de la vie japonaise, et la nudité intégrale des clients est en réalité un élément très important dans cette société ultra-hiérarchisée. En effet, une fois dans le bain, tout le monde est censé être « égal » à son voisin. Plus de costume de chef d’entreprise ou d’ouvrier pour témoigner de la position sociale. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles le tatouage y est mal accepté et encore trop souvent banni. Si l’on considère l’encrage comme l’apanage des mafieux, ou au moins des « marginaux » il devient une sorte de costume qui réinstalle le niveau social ou l’influence du baigneur. Inacceptable pour beaucoup de Nippons. A nous de montrer et faire comprendre que le tatouage est un costume personnel et non social, et qu’il est porté par tous, dans l’amour de l’ouverture d’esprit!

Enfin, souviens-toi que le ONSEN est différent du SENTÔ (bain public sans eaux thermales) et que ces derniers acceptent tout le monde, y compris les tatoués! Même s’ils ont une image moins sexy que les onsen, il existe de magnifiques endroits à découvrir, et c’est un autre bain culturel, accessible à tous à un prix bien moindre!

Encore une fois, le lien du crowdfunding, pour aider à bâtir l’avenir : https://www.indiegogo.com/projects/mina-mizu-hot-springs#/

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