V. Des Hommes et des Dieux.

Les traditions japonaises sont fermement ancrées dans les contes et légendes Shintô, Bouddhistes, les pièces de théâtre et les romans d’aventures venus de Chine. Nul étonnement donc à ce que le tatouage regorge de ces personnages puissants. Dieux, Héros, Gardiens ou Démons… La liste est longue, alors on retrousse ses manches, et on y va…

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Les Dieux
Les héros
Les  Yôkai

OH… MY… GOD Chandler!

Pour bien comprendre : La pratique religieuse au Japon est passionnante et complexe. Pour faire simple le pays est originellement Shintoïste. Une religion polythéiste et animiste dans laquelle se côtoient des centaines de dieux, esprits, créatures, etc… un peu comme les mythologies Grecques, les cultes Amérindiens etc… Et plus récemment (depuis 552 ap J-C), sous l’influence chinoise et coréenne, le Bouddhisme s’est installé. Aujourd’hui on pratique notre foi religieuse en utilisant ces deux religions comme outils. Elles sont donc compatibles. Traditionnellement, on utilise le Bouddhisme dans les cérémonies liées à la mort, et le Shintoïsme dans celles liées à la vie. Aucun temple Bouddhique n’est démuni de sanctuaire Shinto, et inversement. L’harmonie est complète. Si dans d’autres pays Bouddhistes, tatouer les figures divines peut être tabou, étrangement, au Japon, cela n’est pas un problème. Probablement parce que de toute façon, le tatouage n’a pas pour vocation d’être montré.

Amida :
 
Le Bouddha de la Lumière Infinie. Il est considéré comme le créateur de la Terre pure occidentale de la Béatitude. Il est encore plus populaire au Japon que le Bouddha fondateur du Bouddhisme (Siddhartha). Figure de compassion et de pardon, spécialement envers ceux qui n’ont pas toujours été très sages, il en tire une très forte popularité dans l’irezumi. On dit aussi que ses fidèles ne seront jamais abandonnés. Un BBFF quoi (Best Buddha Friend Forever). Il est souvent représenté torse nu ou légèrement vêtu, et avec un triple menton (ouais 3 bourrelets tout mignons). Généralement assis sur un lotus, il accueille les fidèles en Terre Pure. Lorsque le Bouddhisme au Japon était réservé à l’élite (textes en chinois etc, on a connu ça avec les messes en Latin), un moine, du nom de Honen, le rendit populaire auprès de la plèbe, en déclarant qu’il suffisait, pour entrer en Terre Pure, de dire, avec conviction « Namu Amida Butsu » (je crois sincèrement en le Bouddha Amida). Bon… plus tard un de ses élèves (Shinran de son p’tit nom) réinterprétera ça quand il fondera la plus grande secte Bouddhiste du Japon. Au lieu de garantir l’entrée en Terre Pure, dire cette phrase montrera désormais plutôt une profonde gratitude au Bouddha de la Lumière Infinie. Ouais… les soldes, ça dure jamais. Bref, cette phrase reste un best seller des tatouages de kanji, avec ou sans Amida.

Benzaiten :
  

Derrière ce nom qui sonne comme un Pokémon, se cache la déesse des rivières. Elle est à la fois vénérée dans le Bouddhisme et le Shintoïsme. Elle est évidemment très fortement associée à l’eau, mais également aux arts. On peut la trouver représentée avec 8 bras, mais le plus souvent, et particulièrement en tatouage, on la verra avec seulement 2, jouant du biwa, un luth japonais. En tant que figure associée à l’eau, on la trouvera souvent tatouée avec des dragons ou des serpents blancs, signes de chance (voir le chapitre « Histoires Naturelles »). Elle fait partie du club très select des 7 Divinités du Bonheur.

Bishamonten :
 
A l’origine un dieu Hindou, lui aussi dans le club des 7DB, on l’appelle « le protecteur ». C’est un demi dieu de la guerre et il protège contre les invasions d’étrangers (à l’époque où c’était pas encore raciste). Il est aussi gardien de la Foi Bouddhiste. Généralement représenté en armure, avec un regard de vénère, il tient un petit reliquat dans la main gauche et un bâton ou un trident dans la droite. le reliquat (ou stupa) est censé contenir des cendres, des dents ou des cheveux de Bouddha. Le truc glauque à garder sur soi. Bishamonten peut évidemment, en tant que membre des 7DB, répandre la chance et la richesse, protection contre les maladies, mais il aime bien aussi jouer le Père Fouettard pour les petits malins, et les punir. Son regard de Pascal le Grand Frère prouve qu’il faut pas trop l’emmerder.

Dainichi :
 
Le Grand Soleil. Il est la figure principale du Bouddhisme Shingon, un des deux courants principaux du Japon. On peut le trouver partout, il est vraiment LE Bouddha au Japon. En tant que tel, il a évidemment ses aficionados tatoués. On le verra souvent assis sur un lotus, avec un halo de feu derrière lui. Le mouvement Shingon est plein de pratiques mystérieuses et complexes, et donne beaucoup d’importance par exemple aux « mudra » les gestuelles des mains. Ainsi Dainichi sera traditionnellement représenté exécutant le Bodhyangi Mudrā (il se tient l‘index comme s’il l’avait coincé dans une porte) aussi appelé le Mudra des Six éléments (Terre, Vent, Feu, Eau, Vide et Esprit). On le trouve généralement sapé comme un cador. Bijoux, tissus colorés et précieux, couronne, rien n’est trop beau pour Dainichi. Comme Amida, il a un triple menton qui ferait pâlir de jalousie Edouard Balladur. On a déjà vu à la fin du chapitre IV, la forte symbolique du soleil au Japon. Evidemment, Dainichi, le Grand Soleil, profite de son attribut pour se faire une place de choix dans le sentiment patriote.

Daikokuten :
 

Le dieu de la prospérité, et de la cuisine. Au Japon, il a été combiné à Okuninushi, un dieu Shinto du commerce et de la ferme, car leurs noms peuvent se lire de la même manière en japonais. Dès les années 1500, on retrouve sa représentation que ce soit côté Bouddhisme ou Shintoïsme, comme un bonhomme replet et rondouillard, souriant, avec de gros lobes d’oreilles (souvent confondu pour ça avec Ebisu qu’on verra plus bas, ils sont d’ailleurs tous deux membres du désormais fameux club des 7DB). Esprit bénéfique pour les rizières (on peut le trouver parfois perché sur un ballot de paille de riz), Daikokuten est souvent représenté avec un sac rempli de trésors jeté sur son épaule. Il porte aussi un maillet en bois dans sa main droite, qu’il utilise pour frapper les pièces de monnaie. En tatouage, on le retrouvera représenté complètement, ou parfois en simple portrait de sa ganache souriante.

Daruma :
  
Daruma était un moine. Un vrai, un dur, un barbu. Aussi connu sous le nom de Bodhidharma, on lui attribue tout simplement la création du mouvement Zen. Ça pète. Au Japon il est très populaire grâce notamment à un ancien jeu d’adresse pour enfants appelé daruma otoshi (だるま落とし, abattre Daruma) formé de 7 pièces en bois : une tête avec l’effigie de l’homme barbu, 5 anneaux de couleurs empilés et un marteau. Les anneaux sont généralement de couleur de l’arc-en-ciel (bleu, vert, blanc, jaune, rouge). Le jeu consiste à enlever, de bas en haut, les anneaux en tapant dessus avec le marteau sans faire tomber les autres pièces. Le jeu est fini quand il ne reste plus que la tête. Aujourd’hui encore, on ne fait pas de « bonhomme de neige », mais des « Daruma de neige » Puisqu’il était réel, bien des légendes ont émanées de ce moine célèbre. Il aurait par exemple coupé ses paupières après s’être endormi pendant la méditation. Plutôt couillu le barbu. Ça expliquerait ses yeux globuleux desquels il est affublé dans sa représentation la plus commune. On dit aussi que, toujours pendant la méditation (le gars était vraiment occupé…), ses ras et jambes se seraient tellement atrophiés qu’ils seraient tombés. Tu sais ce qui va t’arriver si tu restes trop sur Facebook. C’est ainsi qu’on le représente en poupée rondes, sans bras ni jambes. Daruma symbolise clairement la détermination et la dévotion. Au Japon particulièrement on croit que peindre les yeux d’une poupée Daruma (ou d’ailleurs de masques de Dragons, de tigre etc…) leur donne vie. C’est donc la dernière chose qu’on fait. Dans cette idée, quand un nouveau projet débute, on peint un œil d’un Daruma, et lorsque le projet est réalisé, on peint le deuxième. En tatouage, Daruma n’est clairement pas un motif utilisé dans le traditionnel. En revanche, il est très populaire dans le tatouage moderne. Un peu comme la grenouille, il s’adapte parfaitement aux tatouages « one-point » et son importance dans la culture japonaise en fait un symbole très demandé. Un Daruma à un œil représentera donc un but à atteindre, il sera toujours temps de remplir le deuxième œil quand le projet sera réalisé.

Ebisu :
  

Il est un des membres du club 7DB (je rappelle que ce sont les  7 Divinités du Bonheur). Encore un dieu du business, mais aussi de la pêche. On le représente avec une canne à pêche, et portant une grosse dorade japonaise (Pagrus major), un poisson porte-bonheur (parce qu’on l’appelle « Tai », qui se prononce comme la fin de « bienheureux » –omedetai-). Ebisu a de larges lobes d’oreilles, signe de richesse au Japon, et il est généralement souriant et bienheureux. On le confond souvent avec Daikoktuen, comme on l’a vu plus haut, pour ces attributs. Mais cela pourrait être une ressemblance moins anodine qu’il n’y parait… Quelques légendes dignes des publications de Paris Match ou closer racontent qu’Ebisu serait le fils de Daikokuten!! Scoop!! Il est aussi le patron des étrangers. Il est pourtant bien japonais, vénéré ici depuis le 12ème siècle, alors que ses potes du club 7DB viennent tous d’Inde ou de Chine… Mais il est apparu là où aujourd’hui se trouve Hokkaido, l’île au Nord du Japon, longtemps considérée (jusqu’au 20ème siècle en fait), comme terre étrangère. Bon à savoir enfin, il est le seul des Divinités du Bonheur qui a donné son nom à une ultra populaire bière ainsi qu’à une célèbre marque de jeans. Si c’est pas un bon symbole de prospérité ça!!

Fudo Myoo :
   
Parlons un peu de dur-à-cuire. Fudo Myoo est un motif très populaire parmi les mâles alpha en recherche de testostérone. Il est le Evil Ryu de Street Fighter, le Venom de Spidey, la version furax de Dainichi. Furax oui, mais furax contre les Forces du Mal, donc toujours aussi cool que Gohan en SSJ2 contre Bôjack. Son nom signifie « Immuable Roi de la Sagesse » et sa puissance est soulignée par le trône de rochers sur lequel il est représenté. Dans le Bouddhisme, il est clairement l’un des plus farouches protecteurs, armé dans sa main droite d’une épée (parfois une hache) symbole à la fois de la Force et du Savoir. Dans la gauche, il tient une corde  qu’il utilise pour attacher et restreindre le Mal. Il a une expression faciale plus flippante que celle d’un Orc de WoW, un croc pointant vers le haut, un autre vers le bas. Parfois son visage est si tordu par la colère que ses yeux regardent dans 2 différentes directions. Bien souvent, du feu brûle en aura autour de lui, illustrant sa purification, et prouvant qu’il est plus vénère que Majin Vegeta. On l’évoque lors de cérémonies bouddhiques de purifications des énergies négatives. Donc si tu es fan de Jules Winnfield et d’Ezekiel 25 : 17 et que tu penses que  « La marche des vertueux est semée d’obstacles qui sont les entreprises égoïstes que fait sans fin surgir l’œuvre du Malin…etc » tu voudras peut-être opter pour un Full Back avec un beau Fudo Myoo. Mais si comme moi ton dos est déjà pris, je te suggère de te régaler les yeux avec ce compte instagram qui partage les plus beaux tatouages du Dieu de la Colère. @fudomyoo_art.

Fujin et Raijin :
  
Fujin (風神) littéralement « dieu du vent » et Raijin (雷神) littéralement « dieu du tonnerre » sont les Quick et Flupke de la mythologie japonaise. A l’origine dieux indiens, puis chinois, ils étaient évidemment partie prenante du Shintoïsme au Japon également. Comme les Komainu (voir chapitre « Histoires Naturelles »), ou les Gardiens Nio (voir plus bas), Raijin ouvre la bouche pour faire fuir les mauvais esprits, prononçant le « ah » et Fujin la ferme pour retenir les bons, prononçant le « um ». Leur duo forme donc le fameux « Om̐ », qui représente l’ensemble de la création. Tels des Chapi-Chapo orientaux, ils sont aussi collés l’un à l’autre que Dupond et Dupont, et seront parfait pour des tatouages aux designs symétriques, ou sur les membres. Raijin est généralement rouge (parfois blanc), avec autour de lui des tambours desquels il invoque la foudre. Fujin, lui, est vert, et porte un sac rempli de vent.

Hotei :
 

Il est le plus gros et le plus joyeux de tous les membres du club des 7DB. On l’appelle parfois le Bouddha Rieur. Il porte des fringues complètement débraillées, laissant pleinement apparaître son ventre rebondi. Il transporte souvent sur son épaule une besace ou des calebasses, qu’on dit remplies des besoins des Humains, tels que la Chance et Nourriture.

Kannon :
  

Kannon est une des divinités les plus aimées au Japon. Originairement représentée comme un homme en Inde, elle est très fortement présente sous forme féminine au Japon. Elle est la Déesse de la compassion et de la miséricorde. Son nom, 観音 en japonais, rassemble les mots « observer » (観) et « son » (音) , soulignant sa capacité à veiller sur, et écouter les problèmes des humains. Il y a des bases écrites pour justifier ce changement de sexe, puisque Kannon peut changer de forme pour exprimer les différentes miséricordes qui l’animent. Il peut alors prendre la forme d’une mère aimante. C’est cette forme qui est la plus présente au Japon. Elle peut aussi parfois être représentée comme une femme à mille bras, avec un œil dans chaque main, ainsi que différents objets symbolisant les types d’aides qu’elle apporte. Cette version multi-bras est très répandue dans les représentations de la déesse, que ce soit en peinture, en sculpture, en tatouage également. Mais pour des raisons évidentes, 1000 bras seraient un peu compliqués à représenter. Le chiffre retenu est donc généralement 42. Saint Etienne, la Loire, l’ASSE, non je m’éloigne je crois. 2 mains jointes en prière, et 40 autres tout autour, tenant des objets symboliques comme un lotus pour l’illumination, une roue de la loi représentant les enseignements bouddhistes etc… Le chiffre 40 n’est pas pris au hasard, tu t’en doutes… chaque bras représente 25 mondes du Bouddhisme qui en compte 1000 (25×40=1000 le compte est bon Bertrand Renard, mais il y avait plus simple.. si on avait dit 1 doigt = 100 mondes, une main = 500 mondes, deux bras étaient suffisants… mais bon… j’dis ça comme ça…).
Kannon a une trentaine de formes différentes mais toutes ne sont pas aussi présentes dans l’irezumi. Les plus populaires sont celles de Kannon sur une carpe (représentant la difficulté d’accéder à devenir Bouddha, comme la carpe devient dragon, voir chapitre « Histoires Naturelles »), on peut aussi la voir chevauchant un dragon, évoquant la sagesse divine mêlée à la puissance et la force du dragon. La version « Mère Aimante » est évidemment la plus répandue, parfois accompagnée d’un ou plusieurs enfants, et parfois, étonnamment vêtue comme la Vierge Marie. C’est qu’au 17ème siècle, les Chrétiens japonais (si si y en a un ou deux) appelés Kakure Kirishitan, littéralement les Chrétiens cachés, étaient persécutés. Ils priaient alors des Vierge Marie « maquillées » en Kannon, expliquant pourquoi on peut la trouver portant de grandes robes comme la Sainte Vierge. On appelle cette forme Maria Kannon, et elle est aussi assez présente dans le tatouage traditionnel que moderne, grâce à son côté ambivalent.

Les guardiens Nio :
 
Comme les Komainu et le couple Fujin-Raijin, les guardiens Nio, Agyo et Ungyo (littéralement « forme A » et « forme Un »), sont une paire de colosses qui gardent les portes des temples Bouddhiques. On les appelle aussi parfois kongorikishi (金剛力士) les lutteurs au Vajra (un objet rituel comme un bâton qu’on peut tenir comme une arme). Eux aussi ont la bouche ouverte pour l’un, et fermée pour l’autre (d’où leurs noms), voir les explications données plus haut pour Fujin et Raijin. Agyo, celui à la bouche ouverte est normalement sur le côté droit de la porte qu’il protège. Ungyo est sur le côté gauche. En cas de tatouage, il peut être bon de se soucier de les placer correctement sur le corps. Ils sont bien évidemment des symboles de protection et tiennent les esprit maléfiques à l’écart.

Les Tennyo :
  
Ce sont des équivalents de nos anges. Figures féminines, présentes dans une longue tradition de peintures, sculptures et autres représentations bouddhiques. Elles ont des ailes, parfois comme celles des phœnix, et portent des robes de 5 couleurs (bleu-vert, jaune, rouge, blanc, et noir). Elles peuvent être associées à des dragons, et tiennent dans leur mains, tantôt une fleur de lotus, symbole de l’illumination, un tambour ou des baguettes, pour faire raisonner les préceptes bouddhiques, ou une flûte, représentant le caractère éphémère du bonheur. On les trouvera volontiers dans des petits designs ou sur des Hikae (les panneaux de torse) par exemple.

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Les vrais Avengers.

Pour bien comprendre : Bien avant Marvel et DC, avant Akira et Ghost in the Shell, les hommes avaient déjà besoin de héros. Les romans d’aventures, les légendes et autres contes mettaient déjà en scène des hommes et des femmes aux capacités hors du commun, et qui illustraient les valeurs à défendre. Ces super-héros sont évidemment des motifs encore très populaires dans le tatouage, traditionnel ou moderne. Voici leurs histoires… tan tan…

Les 108 Héros du Suikoden :
 
Le suikoden est un des plus célèbres ouvrages de littérature chinoise. Il rassemble des contes et légendes de 108 honorables brutes ou bandits de grands chemins. La première version traduite en japonais remonte aux années 1750 et au début du 19ème siècle, Katsushika Hokusai a réalisé la première version entièrement illustrée. Mais c’est avec la version de Kuniyoshi en 1830 que la popularité du bouquin va exploser. Il ne redescendra plus du haut du classement du Hit Machine de Charly et Lulu pour un bon moment. Parmi les personnages du Suikoden, 4 sont de vrais adeptes de la « thug life » et portent de larges tatouages. Hokusai, dans sa première version illustrée, montrera ces 4 gars, en modifiant légèrement leurs tatouages. Originellement, ils portaient des motifs  de dragons, fleurs, ou vagues. Mais Hokusai les décrira avec des motifs plus japonais, comme des fleurs de cerisier, ou des pins, lorsque cela est possible. Kuniyoshi, lui, ira encore plus loin, s’offrant la fantaisie de couvrir d’encre non plus 4 pélos, mais 16! Leurs tatouages sont de très larges pièces et vont contribuer, très largement, à la popularité et à la forme du tatouage traditionnel tel qu’on le connait aujourd’hui. Kuniyoshi est très certainement l’artiste le plus utilisé par les tatoueurs pour les références, encore aujourd’hui, et son travail a modelé le tatouage japonais. Au fil des siècles, les amoureux de tatouage ont commencé à vouloir des motifs de ces héros tatoués, créant ainsi un jeu de tatouages à 2 niveaux. On appelle ça « nijubori« (二重彫り), le tatouage à deux couches.

Parmi les plus réputés des héros tatoués, on retrouve Kyumonryu Shishin (Shi Jin en chinois) qui tient son nom des 9 dragons qu’il a tatoués sur le corps. Kaosho Rochishin est un autre exemple de héros tatoué, connu sous le nom de « moine fleuri » en référence à ses tatouages de fleurs de cerisier. Puisque ces personnages sont souvent au centre de larges pièces, le tatoueur à toute la place nécessaire pour détailler les motifs tatoués sur le héros. Enfin, Rorihakucho Chojun est un autre badass de l’histoire, qui a notamment défoncé les vannes d’un barrage, on en reparle plus bas.

Benkei :
 
Moine guerrier, surnommé Le Grand Guerrier. Vraiment Grand. Sandor Clegane à côté, c’est un chiot. La légende dit que Benkei a passé 18 mois dans le ventre de sa mère et qu’il en est sorti avec ses cheveux et ses chicots. Quand il était enfant, on l’appelait Oniwakamaru, ou l’Enfant Démon, on y revient plus bas. Adulte, il représente la force, la détermination et la loyauté. Une fameuse légende raconte comment il a combattu seul 300 soldats devant le château de son seigneur Minamoto no Yoshitsune (aka Ushiwakamaru, coucou les fans d’Okami!), pour lui laisser assez de temps pour se faire seppukku proprement (c’est le suicide rituel qu’on confond toujours avec hara-kiri). 300 mecs, tout seuls. Genre il prends Leonidas et ses poto. Moi je dis THIS is sparta. Toujours est-il qu’au bout ‘un moment, les ennemis se sont rendus compte qu’il était mort debout, transpercé de toutes parts, mais toujours en position de défense. Cette sc-ne est souvent utilisée en irezumi pour mettre en avant loyauté, courage et puissance. On peut aussi le voir associé à Ushiwakamaru, un des plus tragiques et célèbres samuraï dans certaines pièces, pour insister sur l’amitié et le dévouement.

Jigoku Dayu :
 
  
La Courtisane de l’Enfer. Le surnom qui claque. C’est une ancienne professionnelle du divertissement pour adultes fortunés. Ouais une pute de luxe. Mais après sa rencontre avec le moine Zen Ikkyu, elle a atteint l’illumination, ou l’Eveil Spirituel. Le dos de sa robe dépeint des images telles que des crânes, des flammes ou encore Emma-O, le Boss des Enfers chez les Bouddhistes. Tout cela symbolise sa vie de débauche lorsqu’elle était une Pretty Woman sans son Richard Gere. Le devant de sa robe, en revanche, montre des figures telles que Kannon, la déesse de la miséricorde (voir plus haut), illustrant ainsi les valeurs que lui a enseigné Ikkyu.

On trouvera souvent Jigoku Dayu associée à des fleurs de cerisiers, symbolisant l’éphémère de la beauté et la fragilité de la condition humaine, ou parfois à des chrysanthèmes, symbole Impérial, mais aussi relié aux rites funéraires. Cette fleur est également très liée aux « tayu » (le rang le plus élevé des courtisanes) dont les noms sont souvent composés de fleurs. Le chrysanthème étant une des fleurs les plus importantes au Japon, et ayant une connotation funéraire, elle est parfaite pour accompagner ce personnage. On l’utilisera volontiers si on a vécu un tournant important dans sa vie ou qu’on aspire à une rédemption.

Kintarô :
  

Littéralement l’enfant doré, Kintarô est la version japonaise d’Hercule, ou plutôt de Benoit Brisefer, vu que c’est un môme. On le dit basé sur un personnage réel du nom de Kintoki Sakata. Kintarô est vraiment très populaire au Japon, on peut trouver des statuettes ou des représentations du petit mais costaud un peu partout le « jour des garçons » (Tango no Sekku (端午の節句)), il existe aussi un bonbon Kintarô cylindrique, qui remonte à l’époque Edo,  dans lequel son visage apparaît quand on le coupe (selon n’importe quel angle). Un sanctuaire shinto lui est dédié au pied du mont Kintoki (LOL) dans la région de Hakone près de Tokyo. On peut y voir un grand rocher qui aurait été coupé en deux par Kintarō lui-même. Bref, c’est une star. On le voit parfois avec un bavoir sur lequel est inscrit le mot « Or » (kin 金), parce que même un héros, parfois, a du mal avec la soupe. Dans les estampes du 18ème siècle, desquelles sont directement inspirées les versions tatouées, on le trouve très souvent combattant une carpe géante, il est généralement plutôt rougeaud. Dans le tatouage, on le représente carrément rouge vif, aux prises avec une carpe géante noire, pour un contraste type Yin-Yang bien dynamique. On le trouve parfois illustré d’après une autre histoire, dans laquelle il combat un ours, mais l’image la plus répandue reste bien le combat avec la carpe, ce poisson étant largement symbole de puissance au Japon, elle souligne la force et le courage de Kintarô.

Oniwakamaru :
  

Souvent confondu avec Kintarô parce qu’il combat aussi une carpe géante (décidément les japonais ont un problème avec la pêche), Oniwakamaru, littéralement « l’Enfant Démon », n’est nul autre que Benkei, dans ses jeunes années. Le Grand Guerrier (voir plus haut), enfant, aimait bien, comme son copain Kintarô, aller couper ses sushi lui-même. Pour bien les différencier, c’est simple : Oniwakamaru a un couteau, souvent prêt à poignarder le poisson déjà terrassé. Il est aussi bien plus raisonnable que Kintarô puisque lui, au moins, porte des vêtements, quand l’autre se balade le sifflet à l’air, ou presque. Enfin, Oniwakamaru a la peau claire, contrairement à Kintarô, rouge comme une tomate (évidemment, quand on a le sifflet à l’air…). Ce design représente les mêmes valeurs que Kintarô ou Benkei. Force, détermination, courage. Dans l’histoire d’Oniwakamaru, la carpe terrorisait un village, ce qui pourrait lui ajouter une connotation de « sauveur ».

Shoki :
  

Le Pourfendeur de Démon. Shoki est un personnage du folklore chinois extrêmement populaire au Japon pendant la période Edo. On peut le voir sur un sacré paquet de gravures sur bois. Il n’est pas un démon, mais quand il y a quelque chose de bizarre dans le voisinage, tu vas appeler qui?.. Ghostb… non! Shoki! Parmi les nombreuses légendes qui relatent ses exploits, il y a celle du jour où il a débarrassé l’Empereur Xuangzong d’un démon qui le rendait malade (un pot au feu pas net je crois…). Grâce à ça, Shoki est devenu direct le protecteur contre le Mal et la Maladie. Pistonné va: Toujours est-il que cela pourrait expliquer pourquoi, encore aujourd’hui, on trouve des petites représentations de Shoki en céramique sur les toits des maisons ou au dessus des portes, pour protéger la baraque et ses habitants de la maladie et des mauvais esprits. En tatouage, il aura le même but de protection et sera souvent représenté en duel avec un oni et parfois accompagné d’un tigre, animal également réputé pour ses vertus curatives.

Suimon Yaburi :
  

Littéralement « destruction du barrage », c’est probablement la plus célèbre des scènes du suikoden, représentée dans le tatouage. Dans ce tableau, l’un des 108 héros, Rorihakucho Chojun (Zhang Shun dans la version originale chinoise) est dépeint en train de casser le barrage pour installer un siège et permettre à ses collègues de vaincre les ennemis rebelles. Il est découvert par les félons qui le criblent de flèches. Quand bien même, le fier à bras, le katana entre les dents, va jusqu’au bout de son effort, avec l’énergie du dévouement et de l’abnégation. Il est une parfaite alternative à Benkei, si tu préfères les gros baraqués tatoués aux samuraï en armure.

Tamatori-Hime :
 

La Princesse attrapeuse de Bijoux. J’adore cette histoire alors je te la raconte… La légende commence avec la mort de Fujiwara no Katamari en 669, un seigneur féodal puissant qui établit le clan Fujiwara, qui dominera d’ailleurs jusqu’au 12ème siècle. A sa mort donc, l’Empereur Chinois envoie quelques cadeaux, normal ça se fait. Parmi les cadeaux, une superbe perle tellement précieuse que même au Télé-achat ils en ont pas des comme ça. Mais pendant le trajet, le Roi Dragon Ryûjin, décide de chouraver la perle. Le fils de Fujiwara (Fujiwara no Fuhito de son petit nom), promet alors de retrouver le cadeau. Pendant ses recherches avec le Commandant Cousteau, il rencontre une petite zouze appelée Ama. Evidemment ils tombent amoureux, et la donzelle donne naissance à un fils. Quand enfin un jour Fuhito avoue à Ama qu’en fait il cherchait une perle volée par le dragon, et qu’il devrait peut-être s’y remettre, elle lui dit qu’elle était plongeuse (note qu’ils ont eu un gosse avant de se demander ce qu’ils faisaient dans la vie… j’dis ça, j’dis rien…). Il aurait d’ailleurs pu y penser, puisque « Ama » veut dire « plongeuse » et le Japon a une longue tradition de femmes plongeuses en apnée, court vêtues et à l’histoire passionnante, les vraies Pin-up nippones, bref! La voilà partie en apnée, sans sa bite mais avec son couteau à la main. Tout se passe comme prévu, elle trouve le dragon, easy, lui pique la perle pendant qu’il dort, Houdini-style, et procède à l’évacuation des lieux. Bien entendu Ryûjin se réveille et se met à la courser. Pour lui échapper, Ama, sachant que le dragon est dégoûté à la vue du sang (pov’ ch’tite bête!), décide de faire ce que le bon sens commande : elle se tranche le nibard et y cache la perle! Arrivée à la surface, son mari la voit les mains vides, il est pas furax mais bon, un poil déçu… mais avant de rendre l’âme, elle lui murmure « mon sein… », pour lui indiquer que la livraison était complète, dans le style Amazone.

Dans l’irezumi, Ama est la plupart du temps représentée au moment où elle tient la perle dans une main et le couteau dans l’autre. Souvent seins-nus, dans le style des plongeuses traditionnelles d’antan (jusqu’au milieu du 20ème siècle, où elles ont commencé à porter des combinaisons). Parfois accompagnée d’un dragon, pour des raisons évidentes. Elle ne symbolise pas seulement l’amour dans le cœur des femmes, mais aussi la bravoure et l’aide désintéressée apportée aux autres. Bien qu’elle ne soit pas tatouée dans l’histoire, il arrive qu’on la représente portant des tatouages, juste pour souligner sa badassitude et sachant que les pêcheurs portaient des tatouages pour se protéger des créatures marines, cela reste une représentation censée.

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« Ils m’entraînent, au bout de la nuit… »

Pour bien comprendreLes « Yôkai » sont des esprits, des monstres, des fantômes qui hantent le Japon. Ils sont parfois bienveillants, parfois… pas du tout! Il en existe des centaines qui peuplent les conversations des campagnes nippones. Evidemment, ils sont utilisés par les parents pour empêcher leur enfants d’aller s’aventurer trop loin, et par les enfants pour se raconter des histoires à faire peur. Pas étonnant qu’on retrouve ces monstres domestiques dans l’irezumi. Ils s’adaptent parfaitement à de petits tatouage en « one-point », et font donc la joie du tatouage moderne. Voici un aperçu de ceux que l’on peut retrouver tatoués. Pour une liste plus exhaustive, je te renvoie à cet excellent et très complet site en anglais : Abe no Seimei. ou à la page wikipédia.
Quant aux démons, regroupés ici avec leur amis fantômes, ils ne sont pas toujours maléfiques. Il peuvent illustrer de puissantes émotions, offir protection ou dépeindre la fragilité de l’être etc…

Baku :
  

Le dévoreur de rêves. Bien que son nom, en japonais courant désigne aujourd’hui également le tapir (parce qu’il ressemble à la créature), Baku est une chimère, un mélange de plusieurs animaux. Selon le Sankai Ibutsu (山海異物), un manuscrit japonais du 17ème siècle, il a une tête d’éléphant, un corps d’ours, des griffes de tigre la queue d’un bœuf et les yeux d’un rhinocéros (probablement très différents de ceux d’un éléphant…). On dit qu’il a été créé avec les restes des animaux lorsque les dieux créaient le monde. Malgré sa sale gueule (avouons-le), il est considéré comme de bon augure car il dévore les cauchemars. Pratique et sympa. On le retrouve gravé sur les piliers dans temples, ou imprimé sur les oreillers, où l’on inscrit son nom comme un talisman.

Chochin Obake :
                                          
C’est une lanterne de papier qui a servi très longtemps. Elle a un œil unique et une longue langue. Ce n’est pas un yôkai agressif, mais il cause généralement des bagarres dans son entourage. Un fouteur de dawa quoi. Il fait parti de la famille des tsukumogami, des objets familiers hantés. Cette lanterne devient un démon après avoir été très utilisée. Cela vient de l’idée religieuse commune au Japon que tous les objets ont une âme.

Le masque Hannya :
 

Voilà un motif plus que répandu en tatouage… Il mérite qu’on s’attarde dessus car j’imagine que beaucoup d’entre vous vont venir ici rien que pour lui… Alors d’abord, qu’est-ce qu’il représente? Un démon-serpent féminin cornu. Le masque aurait été créé à partir du design d’un masque de serpent. Pourquoi un masque? Parce que c’est l’un des personnages phares du théâtre traditionnel japonais (ce n’est pas le seul théâtre traditionnel). Le Nô, qui relate des histoires fantastiques, avec fantômes et démons, se joue avec des masques dont  les expressions varient selon l’inclinaison de la tête de l’acteur. Véritables œuvres d’art en eux-même, ces masques sont d’une complexité et d’une finesse incroyables. Le Hannya est le plus complexe d’entre eux, permettant à l’acteur de jongler entre un nombre impressionnant d’expressions, et de sentiments, tels que la colère, la tristesse, la jalousie, la rage etc… En général, il est utilisé pour des personnages féminins et illustre leur esprit revanchard. On parle souvent de l’esprit d’une épouse défunte en colère par exemple. Note que les cornes, au Japon, sont un signe de « colère ». Encore aujourd’hui, le geste pour montrer que, « Sire, on en a gros!« , c’est les doigts en cornes sur les tempes. D’ailleurs, quand une femme se marie en tenue traditionnelle Shintô, elle porte une coiffe qu’on appelle « tsunokakushi« , c’est à dire « correcteur de cornes »… bref, c’est censé la calmer quoi… c’est mignon, c’est moderne…
 
Il existe plusieurs histoires liées à l’origine de ce démon, mais la plus répandue est celle d’une belle nénette bien fraîche qui a matché sur Tinder avec un moine. Comme il n’avait pas le droit de la pécho, elle a commencé à psychoter et elle est partie en vrille. Son visage s’est un peu tendu et aucune crème cosmétique ne l’a vraiment aidée à se dérider. D’où le mix colère/tristesse… Le moinillon, en la voyant, il a flippé tu parles! Donc il a tenté de jouer à cache-cache sous une grosse cloche du temple où il taffait. Mais quand Psychopadingo l’a retrouvé, elle était encore un poil plus furax et a décidé de cracher le feu sur la cloche et de la lui faire fondre sur la tronche, façon Khal Drogo avec Viserys Targaryen. « Trop d’amour tue l’amour » en gros.

Le nom du masque a une origine contestée. D’aucun parle du nom d’un artisan de la fin du 15ème siècle, Hannya-Bô, qui aurait sculpté le masque, quand d’autres parlent d’une référence au terme bouddhique « hannya/Paññā/Prajñā » qui signifie sagesse.

Que ce soit dans le Nô ou l’irezumi, le masque est dépeint en plusieurs couleurs. Plus le sentiment est fort et maléfique, plus la couleur est sombre. Blanc pour un personnage de la haute société, rouge avec le front clair pour une personne de classe plus modeste, et entièrement rouge profond pour un max de « démonitude ». Dans le tatouage actuel, on le retrouve sous bien d’autres couleurs, souvent verdâtre, ce qui lui donne un éclairage glauque intéressant, mais non traditionnel. Bref, ce motif symbolise à la fois la complexité des sentiments, leur ambivalence, son côté effrayant peut être aussi une protection contre les esprits du mal car il les fait fuir. Il peut être un motif en soit, et n’ayant pas d’attribut saisonnier, peut facilement être accompagné de toutes sortes de Keshoubori (motifs décoratifs, voir chapitre III. Tatouage prêt à porter), chrysanthèmes, fleurs de cerisiers, vagues, évidemment serpents ou autres masques Nô, etc… Aujourd’hui, dans des designs plus modernes, on peut le retrouver fusionné à des portraits de femme. Sa forme de visage lui ouvre d’ailleurs un large choix d’emplacements. Du mollet au dos complet, rien d’étonnant à ce que le masque Hannya soit un si gros best-seller du tatouage japonais encore aujourd’hui.

Kappa :
  

Si tu es un utilisateur ou un habitué de Twitch, le nom de ce Yôkai va t’évoquer un célèbre mème. Mais ce Kappa-là est bien plus ancien. On l’appelle aussi le gobelin des eaux. Il vit effectivement dans ou près de l’eau des rivières, marais et autre étendues aqueuses. Il a tendance à attraper les nageurs par les chevilles et les emmener au fond des eaux pour les noyer, en mode remake des Dents de La Mer. Un autre truc qu’il aime bien faire, et que tu n’aimerais probablement pas qu’il te fasse, c’est retirer délicatement les intestins de quelqu’un, à la main. Par où il passe? Beiiiin… devine! Non, non, pas par la bouche!
Le Kappa est de la taille d’un enfant et de forme humanoïde. Son corps écailleux est vert, parfois bleu, parfois même tirant sur le rouge. Il a une carapace et un bec de tortue. On dit que ses bras sont attachés l’un à l’autre dans la carapace et que tirer sur l’un raccourcira l’autre. Le truc utile à savoir. Il a 3 anus, pour produire 3 fois plus de gaz que les humains (je ne mens pas, c’est la description « officielle »…), et le plus important : le haut de sa tête est en forme de coupelle, et forme une dépression remplie d’eau. C’est la source du pouvoir de la créature et doit impérativement restée remplie d’eau en toute occasion. Si par malheur elle s’asséchait, le Kappa serait alors dans l’incapacité de bouger et pourrait donc, à terme, mourir. C’est un Yôkai fourbe mais intelligent, un des seuls capables d’apprendre le langage humain. Il mange de tout (surtout des intestins), mais adore particulièrement le concombre, et si on lui en offre assez aux sanctuaires Shintô du coin, il pourrait bien être serviable et irriguer nos récoltes. Connaisseurs en médecine et anatomie, les connaissances humaines pourraient venir de Kappas sympathiques qui auraient partagé leurs savoirs.

Kasa Obake :
On l’appelle aussi parfois Karakasa Obake ou Karakasa Kozô. C’est un yôkai presque innoffensif, en forme de parapluie chinois. Il a un large et unique œil, une jambe à la place du manche, et une grande langue huileuse. Son passe-temps favori est de se glisser derrière les gens et de les surprendre avec une groooooosse léchouille!! Dégueu, mais pas bien méchant!

Namakubi :
  
Namakubi n’est pas un yôkai mais il fallait bien le mettre quelque part… Littéralement « cou cru », on parle ici de têtes tranchées. Les designs de têtes coupées sont souvent un peu gore, parfois poussant le vice en présentant des têtes dont les joues sont transpercées de flèches ou de dagues. On peut aussi les voir enroulées dans des cordes, ajoutant l’idée qu’elles sont des têtes transportées ou accrochées en trophée. L’image de la tête coupée n’est pas anodine, au Moyen Âge, elle faisait partie de la vie quotidienne des samuraï par exemple. Lorsque ce n’était pas les têtes des ennemis qu’on gardait (les ennemis de bas-étage étaient mises sur piques, celles des personnages plus important étaient nettoyées dans du sake puis mise dans de belles boites laquées…), c’étaient les têtes des samuraï punis qui tombaient. Après le seppuku, une fois les entrailles sur les genoux, un collègue (le Kaishakunin) finissait le travail proprement et rapidement en décapitant le suicidé.
Bien entendu, il n’y a pas qu’au Moyen Âge, et il n’y a pas qu’au Japon que les têtes tombent, mais bizarrement, le motif quand on parle de tatouage, est souvent de style nippon.

Nekomata :
  
Le Nekomata est un chat (neko = chat). Il est une évolution du bakeneko, littéralement les chats-monstres qui hantent les villes et jouent des tours aux citadins. Il faut savoir qu’il y a beaucoup de chats au Japon. Des chats errants ou non. Tu verras toujours des tonnes de bouteilles d’eau alignées autour des maisons. Elles sont censées tenir les minous éloignés, à cause des reflets qu’elles produisent… Bref, les chats-démon, c’est pas ce qui manque dans le folklore. Les bakeneko naissent de chats qui ont vécu super longtemps, ou qui ont une queue qui a poussée plus que de raison. Cela explique malheureusement pourquoi, encore aujourd’hui, surtout à la campagne ou près des temples, on trouve des chats dont la queue a été coupée, pour les empêcher de devenir des Yôkai. Les Nekomata naissent de la même manière mais sont les plus puissants des bakeneko, et si ces derniers sont parfois inoffensifs, les Nekomata eux, sont toujours destructeurs. Leur queue s’est scindée en 2 queues identiques, et ils incantent parfois des boules de feu explosives qui ont tendance à tuer plusieurs personnes en même temps. Ils ont des pouvoirs de necromanciens, et contrôlent les corps des morts. En plus d’êtres méchants, ils sont intelligents, parle humain, se lèvent sur leurs petites pattes arrières et se bougent le cul pour aller acheter leur Quiskas… bref, c’est vraiment pas des branleurs ces chats-là!
Les plus dangereux d’entre eux atteignent des tailles énormes, de plusieurs mètres et vivent reclus dans la forêt ou la montagne, où ils planifient leurs plans machiavéliques contre les humains.

Oni :
  
C’est la base. Le Démon. L’Ogre. Il est intéressant de voir qu’une recherche google image en alphabet ne te sortira que des images de Hannya, qui n’a pourtant rien à voir, alors que le kanji (鬼) te permettra d’avoir un meilleur aperçu… Bref! En ce qui concerne sa description, c’est assez facile. Rouge ou bleu, avec une, deux ou trois cornes, un, deux ou trois yeux, des cheveux hirsutes, une grosse massue dans les mains, super musculeux, deux ou trois fois la taille d’un humain, habillé en peau de bête (souvent en imprimé tigre ou ours, comme les Couguars de Miami), il a aussi des crocs bien saillants. On le retrouve vraiment partout dans les histoires. C’est l’antagoniste de base. L’Enfer en est évidemment plein, vu qu’un Oni est créé par la mort d’un homme vraiment méchant. Mais le pire, ce sont les Oni créés par l’évolution d’humains vraiment très très très méchants. Ceux-là n’attendent pas de trépasser pour faire un Oni, et se transforment de leur vivant. Le monstre créé est prisonnier du monde des vivants, et c’est lui qui va vraiment foutre le bronx. De base, leur job est de buter tout ce qui bouge. Ah ouais… ils sont capable d’avaler un humain en une bouchée aussi. Mais on peut également leur attribuer une fonction de protection contre les autres esprit maléfiques. C’est ainsi que les toits des temples sont peuplés de tuiles gravée en forme de démon. Ces onigawara sont un peu l’équivalent de nos gargouilles européennes. C’est souvent comme ça qu’on les retrouve encrés sur les peaux, comme des bodygards stéroïdés.
Note aussi que si jadis on utilisait le mot Oni pour un peu toutes sortes de monstres, mâles comme femelles, aujourd’hui on a un peu resserré la définition. Les démons femelles sont même appelées différemment, avec le terme Kijo.

Tanuki :
  
C’est le Yôkai préféré des japonais. Tiré du chien viverrin, cette créature est un porte bonheur. On le verra partout devant les maisons ou les magasins. Il est très facilement reconnaissable, souvent pris pour un raton laveur, il porte un chapeau de paille et une jarre de sake, ainsi qu’un livre parfois. Oh oui… j’allais oublier… Il  a une paire de burnes gigantesques. Avec elles, il fait tout. Il utilise la peau pour se couvrir, il en fait une table etc… C’est la source de son pouvoir de polymorphe, et on se dit qu’avec une telle paire, il ne peut que lui arriver de bonnes choses, et que donc, il ne peut que nous porter chance. D’ailleurs le mot japonais pour « testicules » est kintama, littéralement, boules d’or, c’est dire si Gilles Gropaquet doit être mis du côté des amis. Le Tanuki, avec son air bonhomme est vraiment aimé de tous, surtout des enfants. Il est le héros de nombreux animés qu’on peut donc considérer comme des films de boules. Le Japon est un pays fascinant, tu peux me croire! Tous les petits japonais on appris cette comptine : Tan tan tanuki no kintama wa/Kaze mo nai no ni/Bura bura qu’on peut traduire par « Les couilles du tan-tan tanuki/Même quand il n’y a pas de vent/Se balancent, se balancent. » Trop meugnon!!

Tengu :
  

Il en existe deux sortes : les karasu-tengu, corbeaux humanoïdes, et les hanada-tengu, plus humain, mais avec un nez anormalement long, et un visage rouge. Ces derniers sont souvent confondus avec le dieu Shintô Sarutahito Okami. Ils sont habiles à l’arme blanche et manipulent très bien leurs katana. Les Tengu sont réputés pour être des agitateurs et des esprit maléfiques combattants. On les retrouve dans bien des histoires. En tatouage, c’est principalement le masque au long nez que l’on retrouvera, comme une alternative au masque Hannya par exemple.

Et voilà qui conclue notre tour d’horizon des motifs les plus répandus dans le tatouage japonais, traditionnel ou plus moderne. Un bestiaire riche et varié, comme on a pu le voir, peuplé de l’Histoire, du Folklore, de la Culture de ce pays fantastique. De l’amour de l’Art de l’époque Edo, aux légendes du fin fond des campagnes, le tatouage japonais couvre toutes les strates de la société nippone. Alors pourquoi diable est-il encore si mal considéré sur son propre territoire? C’est qu’on va essayer de voir dans la dernière partie de ce dossier.

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A propos de l'auteur

Passionné par le tatouage, la photo, et l’image en général, cet expatrié au Japon, diplômé d’Arts Plastiques repenti aime regarder le monde. Vous pouvez également retrouver ses articles tatouages sur son blog personnel Le Support et l'Encre son Instagram ou suivez-le sur Facebook pour toujours plus de tatouages

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