Depuis une dizaine d’années, Twix du Fatline Tattoo Club manie le dermographe avec technique. A peine la trentaine, le tatoueur sait encrer un tatouage solide : tracés épais et couleurs pétantes. Spécialiste du traditionnel américain, Twix se passionne désormais pour le style japonais (voir notre dossier). Il apprend à décoder l’art de l’irezumi pour mieux se l’approprier. Toujours avec sa fatline, le tatoueur encre un japonais respectueux des traditions, un poil modernisé. C’est à Bordeaux, dans son shop, que l’on rencontre ce grand gaillard.

Alexandra : Bonjour Twix. Peux-tu me présenter ton parcours tattoo (découverte, apprentissage, etc…) ?
Twix, Fatline Tattoo Club : Hello Inkage ! Et merci de m’accorder un peu de temps ! J’ai découvert le tattoo, il y a 13 ans, lorsque je me suis fait piquer du old school chez Eskimo, à Toulouse. Je suis tout de suite tombé à fond dans ce style. Après m’être constitué un book sérieux, j’ai demandé un apprentissage à Eskimo. Il m’a formé à l’ancienne dans les règles de l’art, puis j’y ai travaillé 7 ans. Après ça, j’ai décidé qu’il était temps pour moi de prendre le large et de créer mon espace perso, avec ma façon de travailler : Fatline Tattoo Club a vu le jour.

C’est un shop semi-privé où l’on se consacre à l’accueil des clients le matin et au tattoo, l’après-midi. Nous sommes une équipe de trois et le shop fonctionne comme un collectif. Chacun a son style, sa clientèle et gère son espace. On échange beaucoup, on se donne des conseils, on peint et on dessine ensemble. Depuis l’arrivée de Diego et d’Ambre, notre apprentie, le shop a trouvé sa vitesse de croisière et nous sommes devenus une vraie famille.

De plus, on accueille très souvent des « guests » pour agrandir cette famille. Cela nous permet de rencontrer ou de voir des styles que l’on ne fait pas forcément au shop. On bosse dans une ambiance sérieuse, mais à la cool. Le shop est super beau, avec une grande hauteur sous plafond et un immense open space, bref, c’est le bonheur !


   

Tu as longtemps piqué du traditionnel américain à la perfection. Etais-tu lassé de ce style ?
À la perfection, je ne sais pas, mais c’est vrai que j’aimais bien ça. Je n’étais pas lassé par les motifs car j’adore toujours voir du trad. J’étais arrivé à un stade ou je voulais passer du temps sur mes tattoos, réfléchir et me prendre la tête. Les placements sur le corps, les compositions et les significations… critères qui, dans le trad américain, ne sont pas trop présents.
J’avais évolué personnellement et spirituellement. Ma dévotion au tattoo, je voulais la retranscrire pendant les séances. Un tattoo traditionnel américain, c’est souvent des pièces posées, réalisées en one shoot et je n’arrivais pas à me retrouver dans ces séances.

Ton liner japonais est aussi épais que l’était ton traditionnel ? Pourquoi ce choix de lignes épaisses ?
Parce que c’est un peu ma signature ! Ha ha ! Non, parce que j’adore l’impact visuel que le motif prend quand il y a une ligne bien grasse.  La tenue dans le temps est assurée, le motif est visible à 10km et pour moi, c’est ça qui compte. Je ne fais pas du tatouage pour que ce soit joli uniquement en photo, mais pour que cela tienne dans le temps ! Avec des lignes épaisses, il faut simplifier au maximum son dessin, ce qui le rend traditionnel, et c’est ce que j’aime. Ça a l’air simple mais ça ne l’est pas toujours, surtout dans le style japonais, quand on connaît le côté méticuleux des Japonais.

Comment est venu ce désir d’encrer du japonais ?
J’ai toujours adoré le japonais, mais cela me semblait irréalisable, surtout en France et sans aucune connaissance. A mon sens, c’est le style de tatouage le plus dur. Il faut être techniquement au point pour sortir un bel irezumi : les lignes, les dégradés de gris, et les couleurs. Je rêvais secrètement de savoir piquer un style japonais qui tienne la route et que je n’aurais pas honte de montrer à un tatoueur Japonais. Je pense que tout est arrivé au moment où j’étais prêt.

Tu t’es plongé à corps perdu dans le tattoo japonais. Comment essaies-tu de t’approprier les codes de cet art ?
Je me suis énormément documenté. D’abord, sur les maîtres japonais, pour comprendre : les compositions, les mouvements, les associations de motifs qui s’accordent et ceux qui ne se mélangent pas. On m’a enseigné la technique des gris japonais et j’ai aussi changé de machines pour les appliquer correctement… J’ai étudié la base du tatouage japonais dans un livre que j’ai trouvé. j’avais besoin de comprendre le fonds, les noms des maîtres et le pourquoi du comment.

  

Quel est le tatoueur européen spécialisé en japonais dont tu admires le travail ?
Il y en a plusieurs ! Mais, évidement la personne qui m’a le plus aidé et qui m’a permis d’être où j’en suis dans le tatouage japonais, est Amar Goucem de Dragon Tattoo !
Ensuite, j’adore Luca Ortis (UK) ou Pino Cafaro (Allemagne) ou bien encore Horimaru l’espagnol…

Et en tatoueur japonais ?
Horimatsu, Horitomo, Diao zuo (Taïwan) et évidement, le maître Horiyoshi 3, Horihide.

Quelles pièces aimes-tu encrer en japonais ?
Peu importe, tant que l’on me laisse travailler mon interprétation du japonais. J’aimerais réussir à faire des bodysuits comme font les maîtres japonais, que la dévotion envers le tatouage japonais aille dans les deux sens, entre mon client et moi. Même si de ce côté-là, je n’ai pas à me plaindre mes clients sont géniaux.

As-tu déjà eu envie de pratiquer le tebori ? ou est-ce une pratique réservée aux japonais ?
Je n’ai jamais pratiqué, non, et je ne me sens absolument pas prêt ou même attiré. J’ai envie de me consacrer corps et âme dans l’étude du tatouage japonais pour vraiment connaître à 1000% cet art. J’aimerais avoir une pièce tebori pour connaître la sensation et rencontrer un maître japonais; mais pour l’instant pas sur les autres.

Quelles sont les références qui t’inspirent en matière de tatouages japonais?
Comme beaucoup de tatoueurs qui font du japonais je pense, les estampes de Kuniyoshi ou d’Hokusai sont des références inépuisables. J’adore les livres et j’en ai un bon paquet. Il y a énormément de thèmes japonais qui viennent de l’art chinois, donc j’ai aussi beaucoup de livres de dessin et de peinture chinoises.
Je ne m’inspire pas vraiment d’autres tatoueurs, ni d’Internet. Même si j’adore la façon de dessiner de certains tatoueurs, je préfère garder ma façon de faire.  Ainsi, j’espère qu’un jour mon tatouage japonais sera reconnaissable et ce, grâce à ma façon de le redessiner !

Quelle importance accordes-tu aux significations des tatouages japonais que tu encres ?
Une importance capitale ! C’est l’une des raisons qui m’a fait revenir au japonais. Car c’est un style de tatouage qui a du sens, et de nos jours, cela manque cruellement.
Quand un client vient me voir pour se faire encrer du japonais, généralement, il s’est renseigné avant et connaît un peu la signification de ce qu’il veut. Ensemble, on affine et avec les quelques recherches que j’ai réalisées avant la séance, j’arrive à le guider, mais surtout à lui expliquer la raison de mes choix. Mes clients me font confiance et c’est ce travail de collaboration qui me plaît. C’est pour ça que je ne travaille jamais au flash comme mes collègues. Car, ce sont des pièces tellement personnelles que je ne me verrais pas proposer un thème à un client sans que l’idée ne vienne profondément de lui.

  

Comment procèdes-tu dans tes choix de symboles ?
Je n’ai pas vraiment d’idée arrêtée, c’est en discutant avec le client que cela vient. Dans le style japonais, les thèmes sont souvent classiques, donc on affine et on personnalise ensemble, en discutant. Ce qui est troublant, c’est qu’au fil des séances et en sympathisant avec mes clients, je me rends compte que le choix du motif définitif était en accord avec leur personnalité (Ndlr : qu’il est parfois difficile de cerner à l’élaboration du projet).

Est-ce que passer du temps avec un tatoueur traditionnel japonais pour apprendre des techniques pourrait être un projet d’avenir pour toi ? Pour maîtriser la technique ?
Évidemment, ce serait un rêve ! Je prévois d’aller prochainement au Japon, déjà pour visiter ce pays et m’imprégner encore plus de la culture, mais aussi pour essayer de rencontrer un maître et ramener sur ma peau un tatouage au tebori. On verra si j’oserai lui dire que je suis tatoueur ha ha. Sans maîtriser la technique, juste rencontrer un maître qui pratique de manière traditionnelle, qui y met tout son cœur et surtout qui appartient à cette culture, qui baigne dedans. C’est ce dont j’ai le plus hâte ! Pour nous, c’est fantastique le tatouage japonais, c’est fascinant, mais pour eux c’est normal, c’est leur culture. En France, il n’y a pas de vraie culture tattoo depuis des siècles, identique à la leur, donc notre approche est incomparable ! J’ai hâte d’échanger sur tout ça, oui….

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Fatline Tattoo Club
78 Cours de la Martinique
33000 Bordeaux
Ouvert du lundi au samedi, de 10h30 à 18h30
Fermé le dimanche






 

 

 

A propos de l'auteur

38 ans, photographe pour inked puis rise.... amoureuse de l'image. Tatouée depuis l'âge de 17 ans, passionnée d'histoire et de culture du tatouage. Collectionneuse invétérée de livres sur ce sujet. Co-créatrice d'un fanzine dédié au tatouage FREE HANDS FANZINE. Son profil Google plus

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