J’en ai croisé des manieurs habiles du dermographe, ceux qui laissent un joli dessin indélébile sur la peau mais ne te caressent pas l’âme d’un iota pour autant. On ressort de ces sessions un brin déçu et frustré. Voire triste. Beaucoup attendent du tattoo un échange quasi mystique avec le professionnel de l’encre. Comme si, l’espace d’un instant, un rituel chamanique se mettait en place entre maître et disciple. Ce n’est tout de même pas anodin de se faire graver à vie un message qui nous interpelle, et ce par un sombre inconnu. C’est laisser quelqu’un pénétrer dans son intimité, introduire sous la peau des répliques de soi, retranscrire des moments de vie ; tantôt joyeux, tantôt douloureux ou même parfois vides de sens, uniquement pour le plaisir de l’encrage. Le tatoueur se transforme alors en vecteur, tel un géomètre de l’humain, il nous permet de personnaliser et de sublimer notre Moi.

Let me introduce you, Amandine Ringot aka Santa Cara. 

Se faisant encrer pour la première fois à sa majorité, Amandine est d’emblée attirée par le monde du tatouage qui éveille sa curiosité de jeune artiste en devenir. Elle mène alors un parcours la prédestinant à manier le dermographe. Diplômée de l’ESAAT (École supérieure des arts appliqués et du textile), elle suit des études en arts plastiques et arts appliqués et tisse alors sa toile d’artiste multi-tâches. Sculpture, peinture, décoration, création : la demoiselle est présente sur tous les fronts de l’Art. Débordante d’énergie et d’envie, elle s’attelle tout d’abord à la confection de bijoux ethniques créant ainsi des pièces uniques faites main ravissant les fashionistas via sa boutique en ligne. Motivée par l’envie d’apprendre et par ses proches, Amandine décide de se former au tatouage de manière totalement autodidacte. Elle déniche ensuite sa place de résidente au sein de l’équipe du shop Carishna à Lille où elle officie depuis maintenant trois ans.

Crédit photo : Alban Duban

Un peu “à l’ancienne”, elle puise son inspiration dans l’Art nouveau, avec des œuvres empreintes d’un côté pittoresque, à la fois mélancoliques et raffinées, représentant fleurs, plantes, insectes, animaux et objets ornementaux. Elle emprunte également aux années folles, telle la Joséphine Baker du tattoo, avec une orientation plus sensuelle, chic et gracieuse. Il y a beaucoup de féminité dans les dessins d’Amandine : à travers les âges, les corps et les univers, on croise aussi bien des prostituées d’autrefois que des figures emblématiques de l’Art telles que Frida Kahlo. S’y ajoutent également des femmes de tribu africaines, guerrières, ou sortes de déesses habitées d’une tristesse rêveuse. Peu importe les codes qu’elle emprunte, Amandine revendique la Femme et empreint ses œuvres d’un savant mélange d’Histoire, d’authenticité et d’un soupçon de fragilité.

Nostalgique et attachée aux valeurs du passé, Amandine a également créé une série intitulée “Childhoold Mood”, hommage à l’enfance. Derrière des masques aux nombreux visages, elle cache le môme tapis en chacun de nous, avec ses rêves, de manière à ne pas les oublier et à y croire par-delà le temps. Malgré cette douceur, l’artiste varie les plaisirs et s’attelle aussi avec brio aux projets plus sombres, révélant ainsi la noirceur enfouie derrière les blessures de l’esprit.

Traits fins, blackwork et illustration sont donc ses domaines de prédilection. Ses gravures sur peaux pourraient aussi bien figurer dans un ouvrage de littérature antique, qu’un herbier, une encyclopédie, ou encore décorer les murs d’une maison close et d’un bistrot parisien bourgeois-bohème. Néanmoins, Santa Cara apprécie de mettre des petites touches de couleur dans les cœurs et affectionne également l’esprit tropical, interprétant bon nombre de motifs aux odeurs suaves de plage, cocktails et mer bleu turquoise.

Amandine est une rêveuse naïve, qui, derrière son apparence de femme rock n’roll déjantée agrémentée d’une coupe au bol et d’un perfecto orné de nombreux pins et badges, cache une grande sensibilité quant au monde qui l’entoure. Animée par cette relation de confiance qui s’établit avec le client et avide d’échange, elle s’adapte aux envies de tous, avec un réel enthousiasme, dans la volonté de laisser une trace quelle qu’elle soit, une métaphore, un message, telle une bouteille à la mer, à travers ses encrages. 

Retrouve Santa Cara sur Facebook et Instagram

crédite photo header : Vanessa Buzatti

A propos de l'auteur

Yetta

Jeune trentenaire toxico du tattoo. Après un premier shoot, cet art novateur devient le fil conducteur d'une vie régie par une soif insatiable d'encre. Toujours en recherche constante de nouveaux dealers dermographiques.

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