L’Inde sous la peau de Stéphane Guillerme

Pendant 7 ans, Stéphane Guillerme a bourlingué au travers de l’Inde à la recherche de sa culture tattoo. Un travail acharné pour cet auteur – voyageur multi-facettes, photographe, écrivain et infographe. Ce grand connaisseur et amoureux du sous-continent indien a sillonné le pays pour nous. Il est le premier auteur à publier un livre complet (mais non-exhaustif) sur le sujet, entre tradition et modernité. « L’Inde sous la peau » est un recueil passionnant et haut en couleurs sur la pratique de cet art qui s’ancre autant dans le passé que dans le présent . Entretien.

Alexandra Bay : Peux-tu me présenter ton parcours ?
Stéphane Guillerme : A 20 ans j’ai décidé de tracer la route. J’ai quitté Vannes et ma Bretagne en stop direction l’Egypte, 2.500 Francs en poche (environ 400 €). Ce premier périple initiait une longue série d’autres voyages « roots ». Lors de ce périple, j’ai fait mon hobo, je dormais sur les bords de route, dans des maisons en construction ou des voitures défoncées. Entre 20 et 30 ans, j’ai passé environ 8 ans sur la route, notamment en Amérique du sud et centrale, aux U.S.A, au Canada et aux Antilles. À l’époque, je me suis aussi fait un trip en Asie. Alors que je me trouvais à Los Angeles, plutôt que de rentrer en France, j’ai préféré continuer vers l’ouest pour aller découvrir le sud-est asiatique. Puis à 30 ans, après différentes expériences un peu excessives, j’ai eu besoin de me poser, de me rééquilibrer. Je suis donc allé en Inde comme on va à la pharmacie : pour y trouver un remède. S’en est suivi 15 voyages indiens et népalais. J’ai passé 7 années dans ce coin du monde. L’Inde est pour moi aujourd’hui une « motherland ».

« J’ai même été bucheron professionnel dans les Cévennes pendant 6 mois. »

Avec une telle vie de nomade, travaillais-tu ?
Pas le choix. Mes parents n’étant pas des nantis et moi n’ayant pas gagné à la loterie, il a bien fallu que je mette les mains dans le cambouis.

Pendant toutes ces années, j’ai fait des métiers dans de nombreux domaines. J’ai accumulé les formations. J’ai un bac compta. Après, j’ai été en fac de sociologie qui m’a surtout donné envie de me tailler du milieu universitaire. Dans ma vingtaine, entre deux voyages j’ai passé un CAP de métallier ferronnier d’art, puis un brevet professionnel d’entrepreneur en travaux forestier. J’ai même été bucheron professionnel dans les Cévennes pendant 6 mois. Je suis un touche-à-tout très curieux ! Et quand j’aime une activité tels que l’infographie et la photographie je m’y plonge assidûment, en autodidacte la grande majorité du temps.

 

Stéphane Guillerme, photographe auteur

 

Quel a été le point de départ de tes projets créatifs ?
Quand je suis arrivé en Inde à 30 ans, je suis aussitôt tombé amoureux de l’affiche. Un peu excessif de nature j’ai fait une boulimie d’affiches. À tel point, que je suis devenu l’un des plus gros collectionneurs au monde d’affiches indiennes en tous genres (cinéma, cirque, pub, affichettes scolaires, religieuses etc. (on peut en voir un peu via mon site posters-india et mon blog godispop.blog4ever. En parallèle, je poursuivais ma recherche spirituelle sans gourou. J’ai développé ma propre spiritualité grâce aux rencontres, que ce soit avec le paysan ou le maître spirituel. L’observation du monde, la lecture, les rencontres diverses et variées m’ont offert un certain équilibre. L’Inde m’a ouvert à la spiritualité, m’en a nourri jusqu’à aujourd’hui.

« … je voulais réaliser un ouvrage sur une technique de peinture ancienne bien ancrée dans la culture indienne, l’art pictural du hoarding. « 

Dans cette période l’ordinateur est arrivé et m’a permis de trouver enfin un moyen d’expression. J’ai créé un premier carnet de voyage qui mêlait le texte, l’image et le son. Puis j’ai contribué de temps en temps à un magazine de yoga (Infos Yoga). A cette même période le propriétaire de la maison d’édition La Musardine a créé Almora, une maison d’édition qui traite des spiritualités. Il a fait appel à moi car il aimait mon univers graphique et savait que j’avais un vaste fond iconographique. Il m’a demandé d’illustrer et de faire la mise en page de textes écrits par le rédacteur en chef d’Infos Yoga. Puis il a édité plusieurs autres livres que j’ai réalisé en solo. J’ai également été publié par un autre éditeur, Georama, celui qui a publié mon livre L’Inde s’affiche. Mes livres sur les religions ont bien marché. Je pense que ça vient du fait que j’ai su transmettre mon aventure personnelle. J’ai su être un pont entre l’est et l’ouest, l’Orient et l’Occident. Mes livres rendent accessibles des concepts qui ne semblent pas l’être de prime abord. Ce désir de partage a été la recette de mon succès éditorial.

Femme Charan – Ville de Dwarka – Etat du Gujarat 

Comment est né ton projet photographique sur le tatouage en Inde ?
Après avoir été publié pour la 5ème fois, je me retrouvais sans sujet. Je ne tenais pas à rester dans l’univers des religions malgré une commande d’Almora qui désirait que je fasse un guide des lieux de pèlerinages en Inde. Mais j’avais acquis l’essentiel et l’avais partagé. C’était suffisant pour moi, il était temps de passer à autre chose. Je suis reparti en Inde, je voulais réaliser un ouvrage sur une technique de peinture ancienne bien ancrée dans la culture indienne, l’art pictural du hoarding. Avant l’apparition de l’ordinateur et de l’impression numérique, l’industrie du cinéma indien faisait la promotion des films en peignant de grandes fresques accrochées sur la façade des cinémas ou aux carrefours des rues. C’est un art graphique pictural très particulier. Je voulais faire un livre sur ce sujet car j’avais bien conscience que l’apparition du numérique allait balayer cette culture graphique, expédiant aux oubliettes les grands maîtres, leurs histoires et leurs savoirs. Je suis allé à Madras (aujourd’hui rebaptisée Chennai) qui a été la Mecque de cet art graphique unique. Au bout de 15 jours, n’ayant pas réussi à rencontrer ni maîtres ni élèves pour témoigner, j’ai préféré laisser tomber le sujet. Je mets 5 à 7 ans pour réaliser un livre et les acteurs du sujet s’étant déjà évaporés, je pressentais un Everest à grimper.

Un des rares hoardings encore visibles en Inde. Red light district – Mumbai

A quel moment a surgit l’idée de « L’Inde sous la peau » ?
Comme j’étais encore en Inde pour 3 à 4 mois, dans ce voyage qui se déroulait en 2009, je me suis dit « Trace ta route, ton prochain sujet de livre viendra à toi ». Lors de ce périple, j’ai voulu faire un cadeau à mon voisin de Vannes, mon ami et tatoueur Philippe Denoyelles, l’un des plus anciens tatoueurs français. J’ai voulu partager avec lui un peu de mon errance indienne. Je sais qu’il est curieux et qu’en matière de tatouage il est très ouvert aux diverses cultures et pratiques du monde. Alors, j’ai pris en photo de petits tatouages que je pouvais observer sur les bras et les mains des Indiens que je croisais sur mon chemin. À l’époque, je ne croisais pas encore de tribus pour lesquels il faut sortir des axes majeurs, s’enfoncer dans le pays. Je croisais alors principalement les classes populaires indiennes. Les gens portaient des Aum, des Hanuman, des Shiva, des Ganesh, et parfois aussi des héros de cinéma entrés en politique tels que MGR ou Jayalalitha. Le tatouage politique est une pratique que l’on rencontre principalement au Tamil Nadu, état à l’extrême sud-est de la péninsule indienne.

« …au moment où j’ai pris la décision de m’investir dans ce sujet, je n’avais pas encore conscience de ce que j’allais vivre, de l’ampleur du chantier. »

De retour en France j’ai gravé un « cd souvenir » de ces photos ainsi que de courtes vidéos de tatoueurs de rue pour Philippe. En visionnant ensemble toutes ces photos, l’idée d’en faire un livre s’est imposée à moi. Je signais pour 5 à 7 ans d’aventure, pour un sujet qui allait remplir ma vie et qui, me semblait-il, pourrait également plaire au monde de l’édition et à un certain lectorat. Je précise qu’au moment où j’ai pris la décision de m’investir dans ce sujet, je n’avais pas encore conscience de ce que j’allais vivre, de l’ampleur du chantier. Je voulais aborder le tatouage dans son spectre le plus global. Le tatouage populaire était présent, j’en étais sûr, je pouvais déjà en témoigner. Quant au tatouage tribal, je n’en avais aucune idée, et le tatouage « moderne » était proche du zéro. Une courte « étude » du sujet à Mumbai, tout à la fin de ce premier voyage « tatouagique » me l’avait confirmé.

Comment as-tu organisé tes recherches ?
A l’époque il y avait très peu d’informations sur le tatouage en Inde. Il n’y en a guère plus aujourd’hui d’ailleurs, sauf dans le domaine du tatouage moderne, urbain. J’ai effectué 6 voyages sérieusement dédiés au tatouage indien. Lors de chacune de mes expéditions au pays de Gandhi, expéditions qui duraient 3 à 6 mois, je visitais au maximum 2 États. J’aime voyager lentement, donner du temps au temps.

 « J’ai fait environ 5000km en moto, le reste en train, en bus, à pied… »

Les pistes à creuser m’étaient bien souvent indiquées par des Indiens à qui je révélais mes projets. Un motif, une fête religieuse où l’on rencontre de nombreux tatoueurs de rue, une tribu en particulier ont été autant d’amorces pour initier une recherche, un détour, une enquête approfondie. Parfois aussi des Indiens m’indiquaient clairement d’aller à la rencontre de telle ou telle personne, tatoueur ou non. D’autres fois les rencontres se produisaient au hasard de la vie.

J’ai exploré des endroits reculés, loin des chemins tracés pour touristes. Je faisais des rencontres tellement intéressantes et merveilleuses que ça m’était bien égal de galérer pour dormir, pour manger, pour y accéder. Je voulais creuser le sujet, ma détermination et mon abnégation ont toujours été sans limite. Mes photos sont le fruit de ces hasards, de ces belles rencontres. J’ai fait environ 5000km en moto, le reste en train, en bus, à pied…

« Personne ne s’est focalisé sur la culture du tatouage en Inde. Je pense être le seul à avoir mené une recherche approfondie quoique non-exhaustive, au coeur de ce pays-continent. »

Je pense qu’à ce stade de l’interview il est très important de préciser les chapitres de mon livre, de mes recherches. Je distingue trois grands axes du tatouage en Inde, bien que les frontières soient quelque peu poreuses, tout n’est pas aussi tranché.

Premièrement, il y a le tatouage tribal : ce type de tatouage concerne des groupes sociaux, ethniques, possédant et reproduisant encore aujourd’hui une culture ancestrale. Ils sont généralement localisés sur un petit territoire, parfois ils couvrent un état (comme au Gujarat), mais pas plus. J’ai découvert de nombreux groupes sociaux dont la culture est aux abois, au bord du précipice de l’oubli. J’ai essayé de récolter les dernières traces encrées d’un héritage culturel souvent très ancien, mais aussi les histoires logées dans les recoins des mémoires fatiguées, presque effacées et parfois même tristement amnésiques.

Deuxièmement, il y a le tatouage que j’appelle « populaire » ou « de rue » : ce type de pratique concerne les classes populaires hindoues (plus rarement catholiques, sikhs, bouddhistes et encore plus rarement musulmanes). Ces classes sociales ne se tatouent pas des motifs ancestraux comme les tribaux. Comme je te l’ai expliqué, la classe populaire hindoue se tatoue des Ganesh, des Hanuman, des Aum, ou d’autres dieux pour ce qu’il en est du domaine du sacré, et des aigles, des coeurs, des dragons etc, pour ce qu’il en est du domaine du profane. Ils se font tatouer en extérieur, dans la poussière des rues, dans des conditions d’hygiène très mauvaises et aléatoires (dédiés aux adeptes de la roulette russe), souvent lors de ces grosses manifestations religieuses que l’on appelle « mela ».

Tatoueur de rue lors de la mela d’Orccha au Madhya Pradesh

Troisièmement, il y a le tatouage « urbain », « moderne » : c’est le tatouage de type occident. Lorsque j’ai commencé, il y a 7 ans, il y avait environ 10 personnes qui savaient à peu près tatouer, je veux dire « comme on l’entend par ici ». En fait, ce qui fut ma chance (et celle du lecteur de mon livre) c’est que j’ai pu observer le moment qui a précédé le boom du tatouage moderne indien. Actuellement les tatoueurs modernes sont beaucoup plus nombreux qu’il y a 7 ans et ceux qui tiennent le haut du pavé sont des personnes possédant un sens artistique développé tels qu’Eric Jason d’souza, Yogesh Waghmare, Lokesh Verma, Manjeet Singh et quelques autres. Aujourd’hui il y a un tel engouement que chaque jour apporte un nouveau petit génie.

Lokesh Verma, tatoueur et propriétaire du studio Devil’z Tattooz à Delhi

As-tu rencontré des anthropologues spécialisés dans l’histoire du tatouage indien ?
Il y en a aucun. Lars Krutak s’est un peu intéressé au sujet mais il a de gros moyens et de grosses équipes. Des locaux font du repérage sur place pour lui. Puis, il arrive avec son 4×4, reste 1 semaine puis repart, quelques photos et vidéos dans la boite. On pense que c’est un mec de terrain, mais au final, il n’en fait pas tant que ça. Il y a aussi Marteen Hesselt Van Dinter qui a fait un livre très intéressant « Histoire illustrée du tatouage à travers le monde ». Dans ce superbe ouvrage il évoque de nombreuses cultures du monde, l’Inde ne représentant qu’un seul chapitre d’une quinzaine de pages. J’ai aussi trouvé quelques infos partagées par des universitaires ayant étudié certaines tribus au Nagaland, au Madhya Pradesh ou au Gujarat. Ces infos ne représentent souvent que 5 pages au milieu d’ouvrages de 200 pages. Personne ne s’est focalisé sur la culture du tatouage en Inde. Je pense être le seul à avoir mené une recherche approfondie quoique non-exhaustive, au coeur de ce pays-continent.

Du coup, as-tu rencontré des anthropologues indiens ?
J’ai contacté une vingtaine d’anthropologues indiens. Malheureusement, aucun d’entre eux n’a voulu partager ses recherches, n’a même pris le temps de me répondre. Ce qui reste un mystère pour moi. Ils devraient être réjouit que quelqu’un fasse ce travail.

Un des 6 derniers Ramnamis intégralement tatoués – Etat du Chhattisgarh

Comment as-tu découvert les Ramnamis (ci-dessus et sur la couverture de ton livre) ?
J’en ai entendu parler d’eux en me baladant au Madhya Pradesh. Ils sont installés au Chhattisgarh, l’état voisin du Madhya Pradesh. Il n’y a pas si longtemps ces deux états n’en formait qu’un. Le territoire a été scindé en 2 le 1er novembre 2000. Ce sont des gens croisés au hasard qui m’ont parlé de ce groupe social plutôt fascinant. Les Ramnamis se font tatouer le mot RAM sans discontinuer sur tout le corps. Ils vont jusqu’à se tatouer dans la bouche, dans les oreilles. Il y a longtemps certains se faisaient également tatouer dans le blanc des yeux, à en perdre la vue. Enfin, je devrais parler de ces pratiques extrêmes au passé. Ils ont commencé à se tatouer intégralement vers la fin du 19ème siècle afin de se préserver de la persécution des castes supérieures. Se tatouer du nom du dieu RAM avait pour but de sacraliser leur corps et se créer ainsi une cuirasse. Mais cela fait déjà une cinquantaine d’années qu’ils ont cessé le tatouage intégral.

« Vishwas m’a confié de passionnantes histoires sur le tatouage de rue et plus spécifiquement sur le tatouage populaire du Maharashtra, l’état englobant Mumbai. »

Penses-tu que la colonisation britannique a favorisé la pratique du tatouage en Inde ?
Pas vraiment, le docteur Kohiyar en parle dans la préface de mon livre. Quand il était enfant, il voyait des tatoueurs de rue indiens qui encraient des marins anglais. Mais, à l’époque, c’était une pratique de marins et de bad boys locaux. Cette pratique n’intéressait pas la société indienne dans son ensemble. C’est vraiment l’apparition du satellite, d’internet et des programmes comme L.A. Ink qui a révolutionné le regard porté sur cet art. Le tatouage moderne en Inde a végété pendant quelques années. Durant ces années des tatoueurs comme Vikas Malani, Al Alva, Sameer Patenge, Anil Gupta pratiquaient leur art « dans l’ombre », aucun média ne présentait et ne s’intéressait à leur travail. Plein de jeunes Indiens se sont directement intéressés aux stars internationales avant même de s’intéresser aux praticiens locaux qui sont pourtant en quelque sorte leurs « grands frères ».

Comment as-tu rencontré le docteur Jehangir Kohiyar qui a écrit la préface de ton livre ?
Je l’ai rencontré lors de mon 1er voyage indien uniquement dédié au tatouage en 2010. J’étais parti pour un voyage de trois mois qui m’a fait voyager de Mumbai à Kolkata, une transversale ouest-est. Dès mon arrivée, j’ai décidé de poser mon sac pour 1 mois à Mumbai (anciennement Bombay) afin d’y faire le point sur la pratique local (de rue ou de studio). Je suis un adepte de couchsurfing et grâce au moteur de recherche du site je suis rentré en contact avec un tatoueur de Mumbai, Nigel Stephen. A Mumbai on s’est donné rendez-vous à la « train station » d’un quartier huppé de Mumbai qui s’appelle Bandra. Il m’y a fait rencontrer 2 tatoueurs d’importance inscrits dans l’histoire du tatouage indien : Vishwas Dorwekar et Al Alva. Vishwas ne tatoue pas très bien, mais il est issu d’une lignée de tatoueurs de rue, la troisième. Aujourd’hui il tatoue dans une arrière salle de « Beauty Parlor », un salon de coiffure très branché qui s’appelle « Hakim Aalim ». Vishwas m’a confié de passionnantes histoires sur le tatouage de rue et plus spécifiquement sur le tatouage populaire du Maharashtra, l’état englobant Mumbai.

Salon Hakim’s Aalim de Bandra – Mumbai D.R.

Dans la même rue, un peu plus loin, se trouvait Al Alva, l’un des tout premiers tatoueurs modernes. Jeune homme Al a plutôt eu la vie dure, il survivait en faisant de petits boulots. Puis sa vie s’est améliorée. Il a entre autre travaillé dans le mannequinat, et lors d’un voyage en Thaïlande il a appris à tatouer. Lorsqu’il est revenu en Inde, il avait besoin de tuyaux : comment trouver de l’encre, des aiguilles, des machines, etc. Alors, il est allé voir le docteur Kohiyar, alias Jangoo. Jangoo lui a donné une machine, mais ne l’a pas formé. C’est Al qui m’a encouragé à rencontrer Jangoo. Il m’a dit que c’était la mémoire, le père du tatouage moderne indien. En effet, le docteur Kohiyar a formé 3 personnes dont Anil Gupta, l’un des meilleurs tatoueurs au monde, qui pratique aujourd’hui à New York. Il a également enseigné le métier à Sameer Patenge, aujourd’hui très connu en Inde, et à Krishna, un tatoueur moins connu mais très efficace.

J’ai rencontré Jangoo en 2010 et nous nous sommes revus une autre fois en 2016. Lors de cette seconde rencontre j’étais accompagné de Vikas Malani et de son frère Mickey. Vikas a 4 salons de tatouage à Mumbai, 1 à Delhi et 1 à Londres. Son frère Mickey travaille à Londres où il a rencontré Filip Leu lors d’une convention dans la capitale anglaise. La famille Leu venait d’éditer leur livre « The art of Leu Family ». Ils ont remis un exemplaire du livre à Mickey pour qu’une fois rentré à Mumbai il l’offre à Jangoo. Lorsque nous sommes allés le voir, Mickey a remis ce livre dédicacé par plusieurs membres de la famille Leu. J’ai pris des photos de cette séance, que l’on peut retrouver dans mon livre.

Le docteur Kohiyar recevant le livre « The art of the Leu Family » des mains des deux frères Malani, Vikas à gauchee et Mickey au centre de la photo.

Quel est le lien d’amitié qui lie le docteur Kohiyar avec la Famille Leu ?
Le docteur Kohiyar a joué un rôle très important pour la famille Leu. Lorsque Félix est arrivé en Inde avec sa famille, il n’était pas tatoueur bien qu’il avait été initié par Jock de King’s cross à Londres. Pour faire vivre sa famille il a pensé que le tatouage était la solution. Vers la fin des années 70, les Leu se sont installés à Goa. Félix est allé rencontrer le docteur Kohiyar à Mumbai, qui les a aidé à se lancer. Une fois rentré en Europe Filip voulait lui aussi tatouer. Alors Félix lui a demandé de partir faire un tour du monde avec sa sœur Ama. Ils sont retournés en Inde et l’une des premières étapes a été d’aller voir le docteur Kohiyar. Pour mon livre, Loretta m’a autorisé à utiliser des photos personnelles et deux articles de Félix publiés dans Tattoo Life en 2001. Sur l’une des photos, on peut voir Filip à 18 ans, en compagnie du docteur Kohiyar qui est au-dessus de lui. Autour, au milieu d’un groupe d’Indiens, on y voit également Anil Gupta. Lorsqu’en 2016 j’ai revu le docteur Kohiyar en compagnie des deux frères Malani, Mickey venait offrir à Jangoo le livre « The art of the Leu family » que Filip lui avait donné à destination du docteur Kohiyar, marque de respect et d’affection pour cet incroyable personnage, père du tatouage moderne en Inde.

« Dès lors la semaine il s’occupait de son cabinet de psychanalyse, le samedi il tatouait. Il n’en parlait à personne car il aurait pu être radié de l’ordre des médecins. »

Le docteur Kohiyar dans son cabinet de psychanalyse situé dans le quartier de Fort à Mumbai, là même où il pratiquait le tatouage le samedi.

Peux-tu m’en dire plus sur le docteur Kohiyar ?
Jangoo est psychanalyste, c’est un parsi dont les ancêtres sont venus d’Iran voici quelques siècles. Les Parsis sont issus du zoroastrisme, une très ancienne religion qui était pratiquée au Moyen-Orient bien avant l’islam. Vers l’an 700 de nombreux Parsis désirant continuer leur religion ont fuit l’Iran et les persécutions musulmanes. De nombreux Parsis se sont alors disséminés tout au long du chemin qui va de l’Iran à l’Inde, le plus gros groupe s’étant installé à Mumbai. Ce sont souvent des familles bourgeoises, c’est le cas du docteur Kohiyar. Il ne s’est jamais intéressé au tatouage traditionnel indien. Ce qui l’intéressait c’était le type de tatouage qu’il avait vu à Londres lors de son voyage d’étude. Aussi il était ravi que j’entreprenne ce travail de recherche plus complet que ce qu’il imaginait.

Pour le docteur Kohiyar, le tatouage était un accident de la vie. Enfant, il était fasciné par les marins anglais qu’ils voyaient se faire tatouer dans les rues de Bombay (le nom de la ville à cette époque). Fin des années 50, il est parti en Angleterre pour ses études de médecine, il a appris le tatouage avec Ron Ackers. Ce tatoueur lui a proposé de l’aider. Le docteur commença par réaliser les lignes puis les ombrages. De retour à Bombay il s’est occupé pendant quelques années à développer sa profession médicale. Puis l’envie de tatouer a ressurgit. Dès lors la semaine il s’occupait de son cabinet de psychanalyse, le samedi il tatouait. Il n’en parlait à personne car il aurait pu être radié de l’ordre des médecins. Il aurait été également incompris de son cercle familial. Aussi, il a été honoré d’écrire la préface de mon bouquin et m’a même permis de publier des photos de sa collection personnelle. Il a été très touché par mon ouvrage et m’a même dit qu’il chérirait ce livre jusqu’à son dernier souffle.

Peut-on peut dire que le docteur Kohiyar a joué un rôle important dans l’histoire du tatouage en Inde ?
Bien sûr, le docteur Kohiyar est inscrit dans l’histoire indienne du tatouage moderne. Jangoo (son surnom) a clairement participé à l’évolution et à l’essor du tatouage en Inde. Il a contribué à intégrer une pratique respectueuse de l’hygiène, des risques, et l’utilisation de machines plus modernes. Il a aussi écrit des articles sous pseudo pour quelques magazines de tatouages. Même forcé à rester dans l’ombre, il a formé des tatoueurs internationaux tels qu’Anil Gupta ou Sameer Patenge. Ce sont des tatoueurs qui ont continué l’œuvre de promotion initié par Jangoo.

« Alors que dans les villes le tatouage est devenu pour certains une marque de « branchitude », cet encrage continue à être une marque ostracisante pour un grand nombre de personnes au travers du sous-continent. »

Tatouage réalisé par le troisième élève du docteur Kohiyar, Krishna tattooist.

Sais-tu pourquoi le tatouage est si mal perçu en Inde ?
Le système hiérarchique indien est impitoyable, et ancestralement les tatouages étaient l’apanage de peuples tribaux et des castes inférieures de l’hindouisme. Pour la bonne société, le tatouage a longtemps été une marque de statut inférieur, d’infamie. Alors que dans les villes le tatouage est devenu pour certains une marque de « branchitude », cet encrage continue à être une marque ostracisante pour un grand nombre de personnes au travers du sous-continent. C’est pourquoi, loin des villes, le petit peuple refuse aujourd’hui de perpétuer cette coutume, leurs enfants ne sont plus tatoués.

La population indienne reste donc très peu tatouée ?
La population tatouée représente une minorité de la population globale indienne estimée à 1 milliard et demi de personnes. Pour ce qu’il en est de la population tribale et urbaine ils ne sont que quelques milliers à être tatoués ou à s’intéresser au tatouage. Les personnes appartenant aux groupes sociaux ancestraux ne pratiquent quasiment plus le tatouage. Seuls quelques anciens portent encore les traces encrées de leurs aïeux. Parfois encore mais très rarement quelques jeunes de ces groupes se font tatouer mais ça devient très rare. Par contre le mouvement moderne et urbain est en pleine expansion, mais ils ne sont encore que quelques milliers à se faire encrer. Par contre au sein des basses castes de l’hindouisme ils sont nombreux à se faire tatouer de petits motifs dans la poussière des rues, des motifs généralement attachés à la culture hindoue tels que les dieux de l’hindouisme.

Indien de caste brahmine tatoué d’un Shiva – Bénarès

Le tatouage n’intéresse donc pas toute la jeunesse indienne ?
Pas du tout. Le tatouage intéresse principalement la jeunesse urbaine et « branchée », celle qui a biberonné du L.A Ink, celle qui traine sur les réseaux sociaux, celle qui cherche à faire partie d’une tribu au faîte des mouvements de la mode occidentale. Cette jeunesse indienne n’a même quasiment aucune conscience de sa propre histoire ancestrale. Ils sont attirés par les univers graphiques occidentaux, bien qu’ils intègrent certains particularismes locaux tels que les représentations des dieux de l’hindouisme ou les portraits de famille. Très important la famille pour la majorité des Indiens. Jusqu’à très récemment les tatoués choisissaient de petits motifs, faciles à cacher sous un vêtement. Aujourd’hui certains se lancent dans de plus gros motifs, le tatouage devient plus facile à assumer socialement.

Tatouage réalisé par Eric Jason D’Souza – Iron Buzz Tattoos – Mumbai 

Qu’as-tu pu observer de l’évolution du tatouage en Inde lors de ces 7 dernières années ?
Il y a sept ans le tatouage moderne en Inde était proche du néant. Une petite dizaine de tatoueurs avait un niveau acceptable, pas plus. Puis internet et quelques programmes télé tel que L.A Ink ont suscité un intérêt croissant auprès d’une jeunesse souvent éduquée. Tout un tas de personnes sortant généralement d’écoles des Beaux-arts et des arts appliqués se sont mises à la pratique du tatouage et soudainement le niveau s’est beaucoup élevé. Un peu ce qu’il s’est passé en Occident. Les Indiens cherchent à combler le retard qu’ils pensent avoir vis à vis du tatouage occidental. Mais à y bien regarder ils n’ont pas tant que ça de retard. Mon ami tatoueur Philippe Denoyelles a une grosse collection de magazines US des années 80 et 90, au moment où il n’y en avait même pas en français. Il possède également de très nombreuses revues françaises des débuts. A les consulter on se rend compte qu’il n’y a pas si longtemps que le niveau mondial est élevé. L’écart entre l’Inde et l’Occident n’est pas si énorme et se comble un peu plus chaque jour. La différence se trouve plutôt dans le nombre de très bons tatoueurs. En Inde, les excellents tatoueurs sont une vingtaine. À l’échelle de l’Inde, c’est peu (le territoire indien fait 6 fois la France). Vu l’émulation collective, je parie fort que dans 5 ans, il y en aura au bas mot 200 d’excellents.

« Maintenant, il existe un site internet indien dédié à la musique, à la moto et au tatouage mais la source d’informations et d’inspiration vient plutôt des médias anglo-saxons. »

Tatouage réalisé par Manjeet Singh – Manjeet Tattooz – Delhi

Trouve-t-on en Inde une presse spécialisée, des émissions de tv, etc. ?
De nombreux Indiens sont nourris aux chaînes satellitaires. Ils ont été initiés au sujet via des émissions telles que Miami Ink, L.A. Ink, etc. Maintenant, il existe un site internet indien dédié à la musique, à la moto et au tatouage mais la source d’informations et d’inspiration vient plutôt des médias anglo-saxons.

Quels sont les tatoueurs phares de l’Inde ?
Le tout premier est incontestablement Anil Gupta, formé par le docteur Kohiyar et qui pratique depuis de très nombreuses années à New-York. Malheureusement pour l’Inde il n’a jamais cherché à partager son savoir et ses compétences avec son pays d’origine bien qu’il soit venu en 2015 à la convention de tatouage Delhi Heartwork Tattoo Convention organisée par un autre excellent tatoueur, Lokesh Verma. Paul Booth s’y était également présenté. A Delhi il y a aussi Manjeet Singh qui vaut le détour, ainsi qu’Alex Shimray de Devil’z Tattooz studio. A Mumbai il y a Vikas Malani, Eric Jason D’Souza, Al Alva et Yogesh Waghmare, entre autres. Il y a aussi Niloy Das et Abhinandan Basu de Kolkata. Abhinandan passe aujourd’hui une bonne partie de son temps en Allemagne, à Mannheim. Il y a également Mo Naga, indien de l’état de Manipur qui perpétue la culture ancestrale des coupeurs de têtes Naga.

 « …la plupart des tribaux me disent ne plus avoir la mémoire de cette (ces) pratique(s). »

Tatouage réalisé par Yogesh Waghmare – Leo Tattoos – Mumbai

 

Tatouage réalisé par Mo Naga – Godna gram – Delhi

 

Tatouage réalisé par Abhinandan Basu

Peux-tu me parler de l’ancienne technique de tatouage ?
J’ai eu assez peu d’infos sur le sujet, la plupart des tribaux me disent ne plus avoir la mémoire de cette (ces) pratique(s). Globalement, ça se faisait au sein de la famille, la grand-mère tatouait la petite fille. Lors des soirées, ces grand-mères prenaient des aiguilles en métal et tatouaient avec une encre fabriquée à partir de suie. Il arrivait également que certaines achètent de l’encre de Chine.

Parfois c’était des tatoueurs itinérants qui exécutaient les tatouages. Ils allaient de village en village et s’y installaient pendant 1 ou plusieurs jours. Ils dormaient généralement chez les gens qu’ils tatouaient. Ils piquaient à l’aiguille ou à la machine. En fin de compte, cela fait plus de 50 ans que la machine existe en Inde. On le voit dans mon livre, dans le chapitre sur le tatouage de rue. Ayodhya Prasad, tatoueur de rue octogénaire utilise la même machine depuis 50 ans. Elle a été fabriquée en Inde, et fonctionne à piles. Il existe diverses autres techniques dont celle utilisée par les tatoueurs de sous-caste Banjaras qui piquent les femmes du groupe social Baiga que l’on rencontre à l’est du Madhya Pradesh. On dessine le motif sur la peau à l’aide d’un petit morceau de bambou, puis le tatoueur pique par-dessus. De temps en temps ils rajoutent de l’encre sur la peau, et pique encore. Ils ne trempent jamais les aiguilles dans l’encre. Leur matériel est constitué de quelques aiguilles liées entre elles par du simple fil. Je l’évoque largement dans mon livre « L’Inde sous la peau ».

Ayodhya Prasad lors d’une mela à Orccha – Madhya Pradesh

 

« Les femmes Baigas sont les plus tatouées d’Inde, mais elles ne se tatouent pas entre elles. EIles se font tatouer par une autre caste : les Badnins… »

T’es-tu fait tatouer en Inde ?
Je me suis fait tatouer en studio par Mo Naga. Mo est le seul tatoueur indien que je connaisse qui cherche à perpétuer sa culture ancestrale, la culture Naga. Pour gagner sa vie, il doit régulièrement tatouer des motifs communs. Parallèlement il cherche à convertir ses compatriotes au tatouage traditionnel Naga.

Je me suis également fait tatouer en Inde par Manjeet Singh. Un « Sab kuch milega » sur la main droite. Cette expression signifie « Tout est disponible », mais a plutôt la signification de « Tout est possible ». Bien de se le remémorer quand je suis dans la difficulté.

Je me suis également fait encrer la cheville gauche au pays des Baigas, à l’ancienne et à la main (sale). C’était la seule fois en sept ans que je rencontrai un tatoueur traditionnel mais ce n’était pas la bonne saison pour pouvoir photographier l’encrage des femmes Baigas dont je parle à la question précédente. J’ai du me « sacrifier » pour pouvoir photographier le processus global de ce type de tatouage traditionnel. Ma cheville est devenue noire pendant 3 semaines et j’ai bien cru devoir me faire amputer le pied.

J’ai également deux autres motifs traditionnels indiens (un de l’Orissa et un autre du Gujarat), mais ceux-ci ont été réalisés à Vannes par Philippe Denoyelles et son fils Morgan.

Pour ton tatouage traditionnel Baiga, as-tu choisi le motif ? Comment cela s’est-il passé ?
Je n’ai pas désiré me faire un motif identique à ceux des Baigas afin d’être sûr de ne pas les offenser. Néanmoins, avec la tatoueuse, nous avons construit un motif unique à partir de deux motifs traditionnels. Les femmes Baigas sont les plus tatouées d’Inde, mais elles ne se tatouent pas entre elles. EIles se font tatouer par une autre caste : les Badnins, sous-groupe des Banjaras, les gitans de l’Inde, cousins éloignés des nôtres. Ce groupe social fournit de nombreux tatoueurs de rue.

Tu parles de la poudre de curcuma dans ton livre…
C’est un désinfectant naturel. C’est ce qu’utilise la plupart des tribaux et des tatoueurs de rue. Le Dettol est également souvent utilisé. Mais pour en revenir au curcuma c’est un désinfectant ancestral qui se trouve sous la forme d’une poudre orangée, une racine broyée, que la plupart des tatoueurs de rue mettent dans une boite en inox. Lorsque le tatouage est terminé le tatoueur recouvre le tatouage de cette poudre. Elle ne te protège pas des hépatites ou du SIDA mais est par contre relativement efficace contre de nombreuses bactéries.

Et l’huile de coco…
L’huile de noix de coco est un lubrifiant naturel qui remplace la vaseline, très largement utilisée par les tatoueurs de rue. Les tatoueurs l’étalent sur la peau tout au long du processus de piquage.

Mon tatouage baiga tout juste réalisé, recouvert de poudre de curcuma (désinfectant) mélangé à de l’huile de moutarde (apaisante)

Quels sont les motifs récurrents que tu as pu observer ?
Les motifs les plus courants appartiennent au registre du sacré. Certains dieux en particulier. Le dieu singe Hanuman, Shiva et le Aum (très souvent tatoué sur le dessus des mains) forment le trio de tête. On les croise du nord au sud, de l’est à l’ouest, parmi tous les groupes populaires de l’Inde hindoue (la population indienne est au 3/4 hindoue).

Cherches-tu à créer une archive, une banque de données ?
C’est déjà un peu ce que je fais via mes deux livres sur le tatouage indien, « L’Inde sous la peau » et « Street tattoo flash de l’Inde ». Le premier donne un aperçu global de l’histoire et de la pratique de toutes les formes de tatouage que l’on peut rencontrer sur le territoire indien. On peut y voir de nombreux exemples de peuples pratiquant le tatouage ancestral, ainsi que de nombreux exemples de tatouages populaires, de ceux que s’encrent les peuples hindoues qui se sont fondus depuis longtemps dans la culture majoritaire indo-hindoue. J’aborde également dans ce livre le tatouage actuel. Ce chapitre bénéficie également de deux belles contributions : le témoignage du docteur Kohiyar ainsi que ceux de Félix et Loretta Leu. Ce livre offre un bel aperçu de la pratique du tatouage au travers du sous-continent indien.

« Je pense qu’il y a de nombreuses histoires passionnantes à raconter à propos de ces forçats de l’encrage. »

Mon tout dernier livre que je viens tout juste d’autoproduire concerne les flashs des tatoueurs de rue. Aujourd’hui les tatoueurs de rue vont sur internet pomper des photos de tatouages réalisés. Ils en mettent en général 9 par page A4. Ils seraient bien en peine de les réaliser au vue de leur matériel et de leur compétence. Mais il fut un temps, proche, où les flashs consistaient en de simples dessins naïfs, une dizaine ou une vingtaine, réalisés sur des feuilles A4 qui étaient ensuite photocopiées puis plastifiées et qui se revendaient entre tatoueurs. Ces planches de dessins naïfs reflétaient bien mieux leur niveau de compétence. Aujourd’hui on en voit quasiment plus mais j’ai eu la bonne idée, ces sept dernières année, de les photographier. Je suis le seul au monde à l’avoir fait et à l’heure où cet « art naïf » a quasiment disparu de la surface du pays, j’ai décidé d’en faire un catalogue qui préserve la mémoire de cette pratique d’un temps passé quoique proche.

 

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As-tu un autre projet sous le coude ?
Toujours. Je veux réaliser un autre livre consacré exclusivement aux tatoueurs de rue indiens : leurs histoires, leurs matériels, leurs inspirations, leurs « bassins d’origine » (une grande partie vient d’Uttar Pradesh). Je pense qu’il y a de nombreuses histoires passionnantes à raconter à propos de ces forçats de l’encrage. J’en raconte déjà pas mal dans mon ouvrage « L’Inde sous la peau », mais j’ai déjà quelques éléments supplémentaires que je tiens à partager. Un nouveau livre s’impose. J’y travaille.

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