Le tatouage traditionnel américain

Salut à toi, passionné(e) de traditionnel américain. Tu as dû consulter de nombreux blogs de tatouages avant d’arriver sur Inkage. Alors… non, n’aie pas peur, je ne compte pas te répéter mots pour mots l’histoire que tu as déjà lue sur d’autres sites de tatouage. Le défi est difficile, mais je vais essayer de faire au mieux.

Je vais te raconter la passionnante histoire du tatouage traditionnel américain. Mon récit te livrera les évènements qui ont marqué son évolution du 19ème siècle au 20ème siècle. J’ai repris et recoupé toutes les informations que j’ai pu obtenir dans les livres ou sur des sites de référence… même si les dates ou anecdotes sont parfois différentes. J’ai privilégié les sources américaines qui me semblent plus fiables. 

Les marins étaient de grands voyageurs qui se servaient de leurs corps comme d’un journal intime. Les symboles étaient simples et figuratifs. C’était avant l’arrivée du dermographe électrique inventé par Samuel O’Reilly, personnage emblématique. Le tatouage n’était pas réservé aux hommes, ainsi Lady Lenora compte comme la première tatoueuse « indépendante ». Tous les artistes n’apparaissent pas dans l’histoire du tatouage, aussi, tu peux lire la biographie de ces tatoueurs et tatoueuses célèbres qui ont laissé leur empreinte dans le traditionnel. Si tu veux en savoir plus, voici une bibliographie indispensable. 

Histoire du traditionnel américain

Outils et techniques (à paraître)

Les tatoueurs phares  (à paraître)

Et les femmes ?

Les symboles

Bibliographie (à paraître)

 

Les origines du mot « tattoo »

James Cook

James Cook

Si vous connaissez bien vos classiques, vous avez certainement entendu parler de l’histoire du navigateur James Cook aux commandes de « l’Endeavour », son bateau. Né en 1728, ce navigateur britannique est explorateur et cartographe. C’est en 1769, parti à l’aventure en direction des îles du pacifique, qu’il découvre le tatouage. Avec son compagnon Sir Joseph Banks, botaniste, ils observent la pratique du tatouage en Polynésie. Ils sont les premiers à décrire la technique avec le mot anglais « tattoo » :

  • extrait de « Tatouages et tatoués », de William Caruchet« Hommes et femmes se peignent le corps. Dans leur langue, on dit tatou […] ».
  • extrait plus précis dans « Les gars de la marine », de Jérôme Pierrat et Eric Guillon « Il est l’un des premiers à décrire cette coutume que ses marins ont baptisé « tattoow », traduisant le mot polynésien « tatau » (prononcer tatahou), issu de « ta’, qui signifie « heurter » ou « frapper » .

D’après tattoo.com« le mot avait déjà été inventé 150 ans avant les écrits de Cook ». Je n’ai pas trouvé de sources sérieuses pour cette dernière affirmation. Cependant, William Caruchet dans son ouvrage « Tatouages et tatoués », confirme que : « c’est la première fois qu’il apparaît dans la littérature, sous la forme anglaise, dans le récit du voyage autour de la Terre du capitaine Cook, entre 1772 et 1775 […].  » 

Des écrits au dictionnaire

Tout le monde (livres et sites) s’accorde à dire que les marins de James Cook sont les premiers à s’être fait encrer de façon traditionnelle en Polynésie. En rapportant ce souvenir en Europe, les marins et leur jolie peau encrée de motifs ethniques attisent les curiosités. Les récits des voyages de James Cook contribue largement à populariser le terme « tattoo ». En 1858, le mot est francisé et fait son apparition dans le dictionnaire.

polynesiens library ny

@NY library

Le mythe Cook

Il existe plusieurs théories qui remettent en cause la découverte du tatouage par Cook. Par exemple, la thèse d’un étudiant intitulée « Tattooed Transculturites: Western Expatriates Among Amerindian and Pacific Islander Societies, 1500-1900«  (University of Chicago, 2012), offre une version de l’histoire plutôt différente sur son site tattoohistorian.com. Par ailleurs, il cite William Caruchet et Jérôme Pierrat. 

Ainsi, la pratique du tatouage a déjà été mentionnée par des auteurs, explorateurs et scientifiques, dans des textes du XVIIème siècle. Par exemple, en 1791, l’explorateur Charles Pierre Claret de Fleurieu décrit le tatouage marquisien.

Contrairement à la légende de Cook, le tatouage n’est pas seulement pratiqué par des « sauvages ».   « Le tatouage semble avoir toujours été présent en Europe – sur les voyageurs et non voyageurs – bien qu’il ait augmenté et diminué en popularité, comme toutes les pratiques culturelles, et a été utilisé pour différentes raisons et par différents types de groupes (national, religieux, professionnel), à différentes époques. » : tattoohistorian.com.

Charles Pierre Claret de Fleurieu

Charles Pierre Claret de Fleurieu

Le professeur Marc Blanchard dans « Post–Bourgeois Tattoo: Reflections on Skin Writing in Late Capitalist Societies » confirme « Bien que les peuples anciens de l’Europe aient pratiqué certaines formes de tatouage, elles avaient disparu bien avant le milieu des années 1700. Les explorateurs sont retournés chez eux avec des Polynésiens tatoués pour les exposer dans les foires, à travers le monde, dans les salles de conférences et dans les « dime museums » (musée à dix cents), pour démontrer la supériorité de la civilisation européenne par rapport aux «indigènes primitifs» de la Polynésie. Mais les marins sur leurs navires sont également rentrés chez eux avec leurs propres tatouages. Les tatoueurs autochtones ont trouvé une clientèle enthousiaste parmi les marins et d’autres visiteurs en Polynésie. L’idéologie coloniale dictait que les tatouages ​​des Polynésiens étaient une marque de leur caractère primitif ».

Des écrits populaires

Le mythe de Cook viendrait de l’utilisation du mot « tattoo » dans ses récits.  En effet, s’il n’est pas le premier à avoir décrit le tatouage, il est le premier à avoir utiliser le mot « tattoo » pour nommer la pratique. Ainsi notre thésard regrette que de nombreux chercheurs ou journalistes se basent seulement sur les écrits du navigateur, ce qui apporte une vision linéaire et biaisée des origines du tatouage. Les écrits de John Cook sont devenus si populaires, qu’ils se sont répandus comme une traînée de poudre. Renforçant ainsi le mythe que James était le 1er explorateur à avoir observé les autochtones pratiquer le « tatau ».

Journal de Cook @tattoo.com

Une pratique de marins

Si la légende est désormais « encrée » dans la culture du tatouage, il s’avère que la pratique chez les marins américains et européens existait bel et bien avant les récits de James Cook. Les navigateurs ont toujours eu le virus du tattoo (maritimealoft.weebly.com).

À la fin du 18ème et au début du 19ème siècle, les écrits sur les tatouages des marins américains sont enrichis grâce à « The Act for the Relief and Protection of American Seamen ». Cette loi est votée par le Congrès pour protéger ses marins de la réquisition forcée dans la Royal Navy, les années précédant la guerre anglo-américaine de 1812.

Le SPC-A, une mine d’informations

Chaque marin américain possèdent ainsi le SPC-A : un certificat avec ses informations personnelles, mais aussi la description précise de ses tatouages. Ces certificats ont permis de collecter un grand nombre d’informations sur les tatouages de marins. À Philadelphie, de 1796 à 1818, un rapport a été mené sur les survivants possédants le « SPC-A ». Il révèle que 979 marins sur 9772 survivants possèdent 2354 tatouages, soit une belle moyenne de 2 tatouages par individu. Parmi les motifs, il n’y a aucun dessin Polynésien ou du moins, inspiré des îles du Pacifique. Ce qui semble étonnant en comparaison des précédents récits. Peut-être qu’une nouvelle génération de marins s’encrait des symboles plus significatifs, loin de l’exotisme des îles du Pacifique. 

Rapport de Philadelphia sur les marins possédant le SPC-A, de 1796 à 1818. Site : http://maritimealoft.weebly.com/

 

Le tatouage chez les marins

La culture du tatouage occupe une place importante dans la navigation au 19ème siècle. Le tatouage est particulièrement rare dans la population américaine avant le développement du dermographe électrique. C’est une marque permanente qui permet aux marins de se reconnaitre entre navigateurs expérimentés. Les symboles attestent de leur expérience et de leurs valeurs partagées. C’est aussi un témoignage des aléas de la vie maritime et des privations vécues.

Pour conclure cette introduction au tatouage américain traditionnel, je vous propose une bien jolie devise de l’inventeur du dermographe électrique :

« Un marin sans tatouage est comme un bateau sans grog : non navigable » Samuel O’Reilly

marins se tatouent

 

CHAPITRE SUIVANT