La nouvelle scène française est un vivier de talents. Sur Inkage, on aime vous faire découvrir nos artistes tatoueurs de l’hexagone, qu’ils soient célèbres, vieux routards, ou jeunes pousses déjà incroyables… Car nous aimons les artistes. Ce n’est donc pas seulement une « apprentie », une « débutante », ou une « newbie » que j’ai décidé d’interviewer aujourd’hui, c’est une tatoueuse de talent, officiant dans un shop de haute qualité à Saint-Martin le Vinoux, à côté de Grenoble.

Bonjour Zelda, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Salut ! Moi c’est Zelda. J’ai troqué la plaine d’Alsace contre la proximité des Alpes il y a huit ans : depuis je vis et travaille à Grenoble. J’ai presque atteint un âge de ‘dinosaure’ pour commencer le tattoo mais je ne regrette pas d’y être venue sur le tard car mon background s’est révélé utile. Suite à des études en arts visuels assez longues je me suis retrouvée de l’autre côté du bureau où j’ai passé encore quelques années à enseigner l’histoire de l’art, le dessin et surtout le design graphique.

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Comment est venu ton pseudo ?

Alors… Zelda est mon ‘vrai’ prénom et ce n’est pas une référence geek ! Ça vient de Zelda Fitzgerald une icône ‘garçonne’ qui formait avec Francis Scott Fitzgerald le couple mythique des années folles en Amérique. BlackJeanJacques c’est mon ‘pseudo’ qui lui, s’est imposé par le biais d’un personnage de bd que j’avais créé étant ado. J’aime bien l’idée d’avoir un côté masculin dans mon identité d’artiste.

Tu officies sous le titre d’ « apprentie » à DHT (Derm Hospital Tattoo) à côté de Grenoble. Qu’est-ce qui t’a poussée à t’y faire interner ?

Haha c’est que je dois avoir un grain ! Surtout pour bosser avec Tom et Odrëy car on fait les débiles toute la journée… Plus sérieusement, à un moment creux de mon parcours professionnel j’ai décidé de me réorienter pour faire quelque chose d’épanouissant… Le dessin est mon activité préférée depuis toujours j’ai donc voulu explorer un domaine où il soit présent. La synthèse s’est faite récemment dans ma vie : abandonner la théorie, revenir vers un métier plus manuel, artisanal et artistique, en contact avec les gens. En outre étant déjà pas mal encrée moi-même, je me suis rapprochée du tattoo en trimbalant mon book dans les studios de la région. Avec DHT ça a été le bon ingrédient à ajouter à la recette pour obtenir une alchimie réussie !

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Tant qu’on y est… Un petit mot sur le shop et tes compagnons de besogne ?

J’ai la chance d’être dans un shop où l’ambiance est décontractée, avec une équipe qui s’entend bien. En général quand tu essaies de te concentrer il y a des cris inopinés (façon Gilles de la Tourette) ou des blagues qui fusent suivies de gros éclats de rire. C’est un environnement génial où avoir une personnalité un peu décalée est une qualité (une bise aux autres ‘sparadrapés du genou’ au passage). (ndlr : tous les membres du shop on un tatouage de sparadrap au genou)

Mon formateur s’appelle Thomas, il a monté Derm Hospital Tattoo il y a huit ans et développe un style photoréaliste saisissant. Ma collègue Odrëy, sa première apprentie est à présent ‘pro’. Sa touche perso prend de l’essor : du new school cartoon (tendance zombie) aux couleurs percutantes. Tom a d’abord essayé d’aborder le tattoo avec moi de façon ‘conventionnelle’ (avec des exercices imposés, une progression logique, en regardant par-dessus mon épaule au tout début) mais ça ne collait pas vraiment. Il a adapté sa méthode à sa ‘newbie’ : à présent j’ai droit à une formation bien moins ‘cadrée’, qui se base beaucoup plus sur la confiance, des conseils ponctuels, de l’observation. Odrëy me soutient dans les moments de découragement et me donne des astuces techniques. Ils tatouent tous les deux très différemment, pourtant chacun à sa manière m’aide à avancer et je leur dois énormément.

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Ton univers est très coloré et graphique. Tu aimes le steampunk, le kawaii, le trait crayonné, l’aquarelle, les hybridations. Que doit avoir un projet de client pour emballer tes deux ventricules ?

Effectivement ma patte est assez variée ! Ce qui me botte avant tout : un projet qui amène avec lui quelque chose d’unique qui a touché la personne de façon particulière et personnelle (un objet singulier, une fleur ou un animal rare, une image spécialement tirée d’un livre, une scène de film culte). Attention je ne parle pas de ‘grands concepts abstraits’ : juste une idée qui s’appuie sur des images simples, 2 ou 3 éléments à organiser les uns avec les autres, pas plus (même si l’ensemble peut porter une symbolique complexe). Un peu de texte, ou une citation qui vient interagir avec le dessin amène une autre facette que je trouve intéressante.

Dans ce que tu fais, il y a aussi pas mal de lettrage, avec lequel tu t’amuses beaucoup. Parle-nous un peu de ce dernier, pourquoi lui accordes-tu autant d’amour ?

Déformation professionnelle ! Venant du design graphique, tu vénères le caractère en plomb (et en pixels) et surtout tu sais que c’est fondamental de hiérarchiser son message pour qu’il soit vite capté par l’œil. Traduction : donner de l’impact à certains mots et pas à d’autres, mettre du bold, des termes en majuscules, jouer avec les formes des caractères. Dans mes créas j’en profite pour me rebeller contre les règles typographiques… Je regarde souvent ce que fait Pierre/Oked parce que c’est un mélange de typo numérique et de lettrages façon réclame du XIXe siècle (whaou).

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Tu fais surtout des petites pièces. Est-ce que tu aimerais te diriger petit à petit vers de plus grosses taches d’encre ou tu aimes particulièrement les modèles réduits ?

Ok j’avoue : je fais de petits tattoos parce que je travaille lentement. Mon niveau étant modeste, je passe du temps à chercher une bonne qualité de tracés (je suis un peu plus rapide sur la couleur). Mon rythme évolue chaque mois… J’accepterai des projets de plus grandes dimensions au fur et à mesure que je prendrai de l’aisance et de la vitesse.

Tu occupes une grande place sur les réseaux sociaux, où tu remercies systématiquement et chaleureusement tes clients. Penses-tu qu’aujourd’hui, un album Facebook soit aussi (voire plus) important qu’un book dans le shop ?

Oui, comparé au book papier pratique au studio et en convention, constituer un book numérique me paraît très important voire indispensable aujourd’hui. Les réseaux sociaux sont un média idéal pour diffuser son travail puisqu’ils créent des liens entre passionnés/ tatoueurs/ clients déjà tatoués/ futurs clients potentiels partout dans le monde. L’album FB c’est un bel outil pour repérer si ce que fait ‘untel’ nous plaît : aller au-delà du bouche-à-oreilles local et s’ouvrir !

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Parle-nous un peu de tes inspirations. Que ce soit dans le tatouage, la peinture, ou le dessin… Qu’est-ce qui te donne envie d’aller plus loin dans ton propre travail ?

Pour ce qui est de ma pratique hors tattoo (les grands formats ; les croquis de tous les jours) c’est vaste car je puise dans une culture artistique accumulée depuis environ quinze ans (je te l’ai dit que j’étais un dinosaure…) ! En dessin classique je garde Ernest Pignon Ernest contre mon cœur et Egon Schiele dans ma tête pour son expressivité. En art contemporain ce sont les courants ‘lowbrow’ et ‘pop surréaliste’ qui me touchent le plus. Ils regroupent des peintres d’un talent fou comme Mark Ryden et Jason Limon dont l’imaginaire est à la fois beau et monstrueux ; ou la sculptrice Elisabeth McGrath avec ses porcelaines tatouées gores. Les films d’animation des studios Ghibli et de Satoshi Kon, ou l’art ultra trash de Makoto Aida tout comme les estampes japonaises et la peinture à l’encre typiquement chinoise sont des influences asiatiques que je ne renierai pour rien au monde.

Côté culture tattoo par contre j’ai de grosses lacunes. Plongée là-dedans il n’y a pas si longtemps, je construis petit à petit mes ‘références’. Mes tatoueurs/ses préféré(e)s sont les ‘croquistes’ qui gardent un côté crayonné/non fini dans leurs créations comme Hanadis Garage, Köfi, ou Okan Akgöl. Les œuvres des ‘graveurs’ comme Otto d’Ottorino d’Ambra, l’Androgynette ou Barbe Rousse m’intriguent énormément, surtout quand elles rappellent le découpage/collage. En new school Freulein Fux et Lus Lips me font rêver par leur belle traduction de la nature. Retour au Japon : en tattoo le style traditionnel est magnifique cependant j’ai un penchant pour ceux qui le réinterprètent : les ‘néo japonisants cartoon’ comme Sabha Oni ou Romain Triptik…

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Tu as récemment participé à la première édition d’Hallow’Ink à Perpignan, convention organisée par Anchor Tattoo. C’était comment ? Fais-tu beaucoup de conventions ?

Hallow’ Ink c’était assez intense comme événement. On a été très bien accueillis (merci encore Tof et Zombi Lili). En plus de travailler dans des conditions nouvelles et stressantes j’ai été enthousiasmée par la sélection d’artistes présents : du bon niveau, des découvertes ! C’est impressionnant de se retrouver au milieu de tous ces ‘tueurs’.
On essaie de participer à quatre ou cinq conventions annuelles avec DHT. Je peux vous révéler qu’en 2015 nous serons à Toulouse en janvier et à Lyon en février.

Comment vois-tu ton avenir? Quels sont tes projets à court moyen et peut être long terme?

Continuer à progresser et à m’éclater dans le tattoo m’apparaît comme une bonne perspective ! Pourquoi pas essayer de transférer plus tard sur la peau de mes clients l’univers ‘circus freaks un peu glauque’ qui m’anime en dessin…
Même si pour le moment je manque encore d’assurance j’espère pouvoir bouger en guest par la suite.
A moyen terme d’ici deux ou trois ans : finir l’apprentissage, voyager, m’installer ailleurs, m’accorder enfin une année à l’étranger (où j’entends bien bosser en tattoo). Plutôt un pays anglophone… j’hésite encore.

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Un petit mot pour nos lecteurs ?

Ne vous contentez pas de google, soyez curieux ! Biblios, cinémas, musées, photos dans la nature, voyages : ça donne de plus jolies images pour les tattoos. Enfin, merci à Inkage pour votre intérêt envers mon travail.

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Merci encore à Zelda pour s’être prêtée au jeu de l’interview.
Vous pouvez la retrouver sur son Facebook : https://www.facebook.com/zelda.tattoo

Ainsi que son shop DHT (Derm Hospital Tattoo) : https://www.facebook.com/DermHospitalTatoo

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Passionné par le tatouage, la photo, et l’image en général, cet expatrié au Japon, diplômé d’Arts Plastiques repenti aime regarder le monde. Vous pouvez également retrouver ses articles tatouages sur son blog personnel Le Support et l'Encre son Instagram ou suivez-le sur Facebook pour toujours plus de tatouages

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