C’est à la maison Folie de Wazemmes, au cœur du quartier du même nom à Lille, que se déroule actuellement et ce jusqu’au 12 mai, l’exposition « Epidermiques #2″ consacrée au monde et à la culture tattoo à travers des œuvres diverses et variées. Je vais essayer de vous en donner un aperçu à travers ces quelques lignes, même si je n’ai pas forcément beaucoup de connaissance dans le domaine de l’art. Je ferai aussi l’impasse sur certaines œuvres, l’expo en contenant beaucoup mais surtout pour laisser quelques surprises aux personnes souhaitant effectuer la visite.

L’expo s’ouvre sur 3 photos de la peau marquée d’Etienne Dumont, critique d’art Suisse, qui a décidé il y a de ça quelques années de faire de son corps une œuvre d’art. Il en résulte aujourd’hui un homme au corps entièrement recouvert de tatouages, de la tête aux pieds, tout un symbole nous indiquant à quel point le tatouage peu être addictif mais cette ouverture n’est pas représentative de l’ensemble de l’expo car ici, il n’est pas question uniquement de photos de tatouages, c’est même très minoritaire. Ici, il est plus question d’art autour de la culture tattoo, nous nous retrouvons donc avec des peintures, des flashs, des sculptures, des gravures et bien d’autres choses.

L’expo continue sur les très belles peintures à l’huile de CHICKEN, représentant les différentes parties d’un corps humain, celui-ci recouvert de motifs. Le titre de l’œuvre « Choisis bien ton bourreau et le supplice sera un délice ». L’oeuvre a été spécialement réalisée pour Epidermiques #2, CHICKEN s’étant dépêché afin de délivrer l’ensemble des toiles à temps. C’est à se demander ce que donne son travail quand il prend son temps ! Par la suite, nous découvrons un ensemble de pieds de porcs tatoués sous formol, ces pieds qui servent d’habitude aux tatoueurs à s’entraîner et ainsi ne pas gâcher la peau d’innocents, sont habituellement destinés à finir aux ordures, mais ici, ils sont conservés dans le liquide d’embaumement pour leur offrir une forme d’éternité. Ainsi, ces tatouages qui, normalement ont une durée de vie des plus éphémères, se retrouvent conservés pour une durée indéterminée et seront probablement les dernières œuvres de l’artiste lorsque tous les porteurs humains de ses tatouages auront trépassé.

Les peintures de Chicken

Les peintures de Chicken © Marc Mounier Kuhn

Les pieds de porcs tatoués

Les pieds de porcs tatoués © Yves Bercez

En face de cela se trouve une très belle collection de dermographes (machines à tatouer) puis des stencils du tatoueur Lillois Lenad, dont on reparlera très bientôt à travers une interview. Juste devant se trouve un œuvre de HANS RUEDI GIGER, artiste Suisse qui a réalisé une des créatures les plus emblématiques du cinéma de science fiction, l’Alien du film éponyme. Cette sculpture représente une jambe surmontée d’un bras et d’une main, celle-ci tenant un dermographe, l’ensemble dans le style bio-mécanique qui est cher à l’artiste. Pour les amateurs des œuvres de Hans, sachez que d’autres pièces sont actuellement visibles à l’expo « Hey« .

Nous découvrons ensuite un ensemble de créations qui m’a personnellement beaucoup plus, il s’agit de prothèses de membres. Celles-ci ont la particularité d’être recouvertes de tatouages et étrangement, cette surcouche qui n’a rien de naturel, rend la prothèse plus « chaleureuse », plus « humaine », elles qui ont un côté si froid à l’origine. Je trouve l’idée même très originale de pouvoir changer de membre et donc de tatouage. Puis enfin, je découvre en « vrai » les affiches du Inked Project, moi qui vous en ai tant parlé sur ce site, pas moins d’une quarantaine de pièces, de personnages tatoués sont exposés sur un pan de mur, mais je ne vais pas en dire plus ici sur ces créations et vous invite à lire mon article sur le Inked Project si vous souhaitez en apprendre plus .

Le inked project par Monk

Le inked project par Monk © Yves Bercez

Nous voilà maintenant dans une nouvelle section de l’exposition consacrée à la représentation des tatoués, avec une collection des portraits d’Alex Binnie, célèbre tatoueur Londonien , qui réalise des gravures en noir et blanc de ses collègues tatoueurs. Cette série de portraits embraye sur le « L-ink », un petit film réalisé lors du « Tattoo Art Fest » de Paris qui nous fait découvrir, dans un flux continu de pas moins de 500 bras tatoués les uns à côtés des autres, une manière de faire découvrir la gamme des différents tatouages, couleurs… Vient ensuite toute une partie de l’exposition consacrée à la relation entre le tatouage et la religion car depuis la nuit des temps, ces deux cultures sont intimement liées, les hommes couvrant leur peau de motifs pour marquer leur appartenance à telle ou telle religion. Vous y trouverez ainsi une machine à tatouer qui tatoue aléatoirement des motifs des 3 grandes religions que sont le christianisme, le judaïsme et l’islam.

Cette première partie se termine sur les incroyables œuvres de « DANY DANINO« , artiste belge ,qui réalise de magnifiques illustrations au stylo bic sur des toiles de plusieurs mètres. Ses illustrations représentent des crânes contenant en leur sein des centaines d’autres illustrations. A chaque coup d’œil, on découvre de nouvelles scènes, des nouveaux personnages, des détails qui nous avaient échappé à la première lecture, une œuvre que l’on pourrait avoir sous les yeux tous les jours et y découvrir tout de même de nouvelles choses tellement l’œuvre est riche, une œuvre qui permet au visiteur de s’échapper.

A l’étage se trouve la 2e partie de l’expo, plus courte mais d’aussi bonne qualité. Elle s’ouvre sur une œuvre très forte, celle de Mary Coble, une artiste qui dénonce, à travers ses réalisations, les discriminations sous toutes ses formes. Pour cette performance, elle s’est fait tatouer, sans encre, uniquement avec des aiguilles, des insultes homophobes sur une grande partie du corps pour symboliser les blessures que peuvent faire de tels mots aux personnes à qui elles sont destinées, insultes dont elle a malheureusement été déjà la victime, étant elle-même homosexuelle. Cette performance a été immortalisée avec des feuilles de papiers qui ont été tamponnées sur les « tatouages » ensanglantés. En résultat, une série de feuilles aux mots gravés à l’envers et à l’hémoglobine .

exposition-tatouage-epidermique (16)

© Marc Mounier Kuhn

Au fond de la pièce, je découvre une partie réservée aux plus de 8 ans avec 6 silhouettes aux allures inquiétantes de réalisme. En effet, il se trouve là les chères œuvres d’Enrique Marty, représentant de célèbres critiques d’art. Un premier groupe est grimé en stars du rock, un deuxième est représenté dans son plus simple appareil, nu avec des armes tranchantes à la main. Derrière ce chef d’oeuvre, on peut lire un grand « Art is Dangerous » réalisé par Enrique Marty lui-même. Et même s’il réside en Espagne, c’est lui-même qui viendra chercher ses statues tellement il y tient.

C’est donc une très belle exposition qui se veut un peu trash, provocante et d’autres expositions nous sont promises comme une prochaine qui sera réalisée à Dunkerque dans un grand château. Il n’y a aucune excuse pour ne pas visiter cet endroit, l’accueil y est chaleureux, l’entrée gratuite et on en ressort enrichi. Une très bonne expérience. Un grand merci à Sarah, organisatrice d’Epidermiques et Epidermiques #2 qui nous a fait le plaisir de nous servir de guide privée.

Quelques autres photos de l’exposition

Crédit photographique : Emmanuelle Ducreu,Lice,Yves Bercez,Julien Carlier et Marc Mounier-Kuhn

A propos de l'auteur

Graphiste et Webmaster de profession, c'est fin 2012 que je décidais de lier mes passions pour le tatouage et l'informatique en créant inkage.fr. Retrouvez moi sur Google plus

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